Sénégal-Gambie : Dakar et Banjul mettent en chantier une feuille de route numérique commune

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Réunis à Banjul pour la première session de leur comité de pilotage, les deux pays veulent passer des engagements politiques aux projets concrets, de la cybersécurité à l’accès aux services publics numériques.

Le Sénégal et la Gambie donnent une nouvelle impulsion à leur coopération numérique. Réunis dans la capitale gambienne pour la première réunion du comité de pilotage de leur accord bilatéral, les deux pays ont commencé à traduire en programmes opérationnels les engagements pris lors de la signature d’un protocole d’accord, le 12 juin 2026 à Dakar.

L’enjeu dépasse le simple suivi administratif d’un accord. Pour Dakar comme pour Banjul, cette rencontre marque la volonté de transformer la proximité géographique et les liens historiques entre les deux pays en un partenariat structuré autour d’une souveraineté numérique partagée.

Des engagements à concrétiser

La réunion, présidée par le ministre gambien Lamin Jabbi, intervient à un moment où les États ouest-africains cherchent à mieux maîtriser leurs infrastructures, leurs données et leurs services numériques. La coopération sénégalo-gambienne entend ainsi poser les bases d’un espace numérique plus intégré, capable de réduire les doublons, de fluidifier les échanges et de renforcer l’autonomie technologique régionale.

Les travaux ont été coordonnés par Hassan M. Jallow, secrétaire permanent au ministère gambien de la Communication et de l’Économie numérique. La délégation sénégalaise était conduite par le ministre Samba Diouf.

Ce dernier a appelé à avancer avec pragmatisme, reconnaissant que certains cadres opérationnels « ne sont pas encore totalement développés ». Une mise au point qui souligne la nature progressive du chantier : plutôt que de s’appuyer sur des structures figées, Dakar et Banjul veulent construire leurs mécanismes de coopération au fil des besoins et des projets.

Quatre priorités pour bâtir un espace numérique commun

La feuille de route s’organise autour de quatre axes. Le premier concerne les infrastructures et l’interopérabilité. L’objectif est d’harmoniser certains services et applications afin d’assurer une continuité numérique plus fluide entre les deux pays et, à terme, de réduire les coûts d’accès pour les usagers et les entreprises.

Le deuxième pilier porte sur la résilience cyber. Face à des menaces qui ignorent les frontières, les deux États envisagent de renforcer leur coopération pour mieux protéger les infrastructures critiques et les données des citoyens. Cette approche pourrait notamment favoriser le partage d’expertise et la coordination des réponses en cas d’incident numérique.

Le troisième axe vise le renforcement des capacités. Le développement d’un vivier de compétences locales est présenté comme une condition essentielle à l’émergence d’une économie numérique compétitive. Formation, circulation des savoir-faire et montée en compétence des administrations figurent ainsi parmi les leviers attendus du partenariat.

Enfin, l’harmonisation réglementaire doit faciliter le dialogue entre les agences de régulation et rapprocher les cadres normatifs. À terme, cette convergence pourrait simplifier l’activité des entreprises présentes sur les deux marchés et favoriser l’essor de services numériques transfrontaliers.

Le numérique comme outil d’inclusion

La coopération ne se limite pas aux infrastructures et à la régulation. Les autorités gambiennes et sénégalaises souhaitent également faire du numérique un instrument de réduction des inégalités territoriales et sociales.

Le ministre Lamin Jabbi a insisté sur la nécessité de déployer des services de gouvernement électronique accessibles aux populations rurales et aux zones encore mal desservies. La santé, l’éducation et l’état civil sont identifiés comme des domaines dans lesquels la dématérialisation pourrait simplifier l’accès aux services publics essentiels.

Cette dimension inclusive constitue l’un des tests majeurs de la feuille de route. La réussite du partenariat ne se mesurera pas seulement au nombre d’accords signés ou de plateformes interconnectées, mais aussi à la capacité des projets à atteindre les populations éloignées des grands centres urbains.

« Le Sénégal et la Gambie sont en effet étroitement liés. Nous partageons beaucoup, et grâce à la coopération, nous pouvons construire un avenir numérique plus solide et plus inclusif pour nos populations. » ; ministre Lamin Jabbi 

Un partenariat appelé à s’élargir

Avec cette première réunion de pilotage, Dakar et Banjul franchissent une étape vers la mise en œuvre de leur accord numérique bilatéral. Le défi sera désormais de définir des calendriers, des responsabilités et des financements à la hauteur des ambitions affichées.

Pierre Ouedraogo


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