Faso CEO | Portrait | Moumounou Gnankambary : L’expert en gouvernance financière au service de l’ambition de Vista Bank Burkina

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Dans le secteur bancaire burkinabè, la nomination de Moumounou Gnankambary à la tête de Vista Bank Burkina marque un tournant. Non parce qu’il serait un banquier de métier car il ne l’est pas, mais parce que le groupe Vista confie la direction d’une banque commerciale à un haut fonctionnaire des finances, avec une mission précise : réussir l’absorption de Société Générale Burkina Faso (SGBF).

Un parcours construit au sommet de l’administration financière

Titulaire d’une maîtrise en droit public à l’Université de Ouagadougou et d’un diplôme d’études supérieures spécialisées en finances publiques de l’École nationale des régies financières (ENAREF), Moumounou Gnankambary a passé plus de trois décennies dans les rouages de l’État.

Chargé d’études à la Direction générale du budget à partir de 1994, il devient directeur des affaires administratives et financières de la Présidence du Faso (2000-2005), puis directeur général du Budget (2005-2007) et surtout directeur général du Trésor et de la Comptabilité publique de 2007 à 2015, soit huit années à la tête de l’administration qui gère la trésorerie de l’État. Il enchaîne comme conseiller technique du ministre de l’Économie et des Finances jusqu’en 2021, avant de diriger le Bureau national des grands projets en 2022, puis d’exercer comme consultant.

À ce parcours administratif s’ajoute une expérience réelle de la gouvernance financière : représentant du Burkina Faso au conseil d’administration de la BCEAO de 2007 à 2015, siège à la Commission bancaire de l’UMOA, participation aux travaux de l’Agence UMOA-Titres.

Déjà un homme du groupe Vista

L’arrivée de M. Gnankambary à la direction générale n’est pas une découverte réciproque. Il siège depuis décembre 2016 au conseil d’administration de Vista Bank Guinée en qualité d’administrateur indépendant. En juin 2026, il a rejoint celui de Vista Assurances Niger, puis, en août 2026, celui de Vista Bank Tchad, également comme administrateur indépendant.

Cette connaissance intime des standards du groupe et de ses marchés constitue le vrai atout de sa nomination, davantage qu’une hypothétique expérience de banquier commercial.

La mission : absorber la SGBF

Le conseil d’administration extraordinaire de Vista Bank Burkina, réuni le 16 octobre 2026 à Bangkok, a validé sa nomination au poste de directeur général, en remplacement de Mohamed Ba, selon les informations de Financial Afrik, reprises par plusieurs médias burkinabè.

Sa feuille de route est connue ; conduire l’intégration opérationnelle et la fusion avec Société Générale Burkina Faso, dont Vista Group Holding a acquis 52,6% du capital opération finalisée le 30 juin 2025 après l’agrément de la Commission bancaire de l’UMOA. Concrètement ; transfert des équipes, harmonisation des systèmes d’information, intégration du portefeuille de clientèle, sans rupture de service pour les clients des deux banques. L’enjeu de taille est considérable.

Le contexte de marché est exigeant. La BCEAO recensait 16 banques et 4 établissements financiers à caractère bancaire au Burkina Faso à fin décembre 2024. Dans un tel environnement, la taille et les fonds propres fait la différence. Vista Bank Burkina a porté son capital social de 20 à 56,16 milliards de FCFA en 2026, soit plus de 2,8 fois le minimum réglementaire.

Un groupe en expansion panafricaine, non sans revers

La nomination s’inscrit dans une dynamique de groupe qui dépasse largement l’Afrique de l’Ouest. Après la reprise des activités de BNP Paribas en Guinée et au Burkina Faso, Vista a acquis Société Générale Burkina Faso (2025), Banco Société Générale Moçambique (2024), 90% de la Banque Agricole et Commerciale au Tchad (mars 2026, devenue Vista Bank Tchad) et la SGBGE en Guinée équatoriale (mai 2026), avec des ouvertures annoncées en Côte d’Ivoire et au Sénégal.

L’histoire n’est pas linéaire pour autant : l’accord de reprise d’Oragroup (Orabank), annoncé en 2023, n’a jamais obtenu l’aval réglementaire et a été abandonné. C’est précisément ce type d’écueil que la nouvelle direction de Vista Bank Burkina devra éviter dans la conduite de la fusion.

Ce que dit, et ne dit pas encore, le nouveau directeur général

Aucune prise de parole publique de M. Gnankambary n’a été enregistrée depuis sa nomination. Les orientations que le groupe met en avant innovation, inclusion financière, digitalisation, proximité, excellence opérationnelle sont celles de Vista, pas encore une feuille de route personnelle.

Deux précisions s’imposent également. D’une part, la validation par le conseil d’administration est une étape : selon la réglementation de l’UMOA, tout projet de nomination d’un dirigeant doit être notifié à la Commission bancaire au moins trente jours avant la prise de fonctions. D’autre part, les modalités et le calendrier précis de la fusion restent à préciser.

Leçon Faso CEO

Nommer un gestionnaire de la dépense publique à la tête d’une banque commerciale n’est pas un hasard de circonstance : c’est un choix de méthode. Dans une fusion bancaire, la difficulté n’est jamais le bilan ; elle est dans les systèmes d’information, les cultures d’entreprise, les hommes et la continuité du service. Autant de terrains où l’expérience d’un haut fonctionnaire rompu aux procédures, aux contrôles et aux arbitrages peut peser autant qu’un parcours de banquier.

Reste une question, la seule qui compte pour les clients et pour l’économie burkinabè : la nouvelle banque saura-t-elle transformer sa taille en capacité de financement notamment pour les PME, segment durablement sous-desservi ? C’est là que se mesurera vraiment la réussite de cette nomination.

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