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À la tête de Bridge Fiber Solutions (BFS), Sagadibwaoga Michel Ouédraogo incarne une génération de dirigeants burkinabè convaincus que le numérique peut devenir un levier de développement. Directeur général de cette filiale de Telecel Faso depuis janvier 2024, il pilote l’exploitation et la commercialisation du backbone national des télécommunications, une infrastructure publique de près de 3 000 kilomètres de fibre optique construite par l’État burkinabè.
Un bâtisseur de ponts numériques
Ingénieur en réseaux et télécommunications, « pur produit » de la formation burkinabè notamment du lycée technique national Aboubacar Sangoulé Lamizana, de l’université Nazi Boni, de l’université Aube Nouvelle, complétées par un cursus de management des entreprises à l’université 2iE et une certification d’administrateur de société et dirigeant d’entreprise de l’Académie internationale pour la gouvernance et le leadership économique de la Chambre de commerce et d’industrie du Burkina Faso, il cumule 22 ans d’expérience dans le secteur. Il a gravi les échelons chez Telecel Faso avant de devenir directeur des opérations de BFS en 2023, puis directeur général en janvier 2024.
Sous sa direction, l’entreprise a pris une autre dimension. Le portefeuille clientèle est passé de 7 clients en 2023 à 44 clients en 2026, selon l’entretien qu’il a accordé à Digital Magazine Burkina en août 2026 : les trois opérateurs mobiles nationaux, des fournisseurs d’accès internet, des sociétés d’État, des banques et des organisations internationales. « Nous avons une exigence d’équité et de non-discrimination », insiste-t-il.
L’effet sur les prix est tangible, toujours selon le dirigeant : un service de transport 10 Gbps est passé d’environ 90 millions de FCFA par mois en 2023 à environ 35 millions en 2026. Les tarifs de gros à BFS sont validés par le ministère de la Transition digitale et par l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP), qui vérifient chaque année leur compétitivité.
La mission de réduire la fracture numérique
Le réseau dont BFS a la charge agrège trois programmes : les 2 001 km du projet Backbone national des télécommunications, 307 km du projet régional d’interconnexion ouest-africain (PRICAO-BF) et 650 km du G-Cloud gouvernemental, soit près de 3 000 kilomètres. Financée par l’État et un crédit bancaire, déployée par Huawei, l’infrastructure a été inaugurée le 26 octobre 2021 à Koudougou.
Selon le rapport de la Commission des finances et du budget de l’Assemblée nationale (2024), ce réseau relie tous les chefs-lieux de région et 36 des 45 chefs-lieux de province. Il compte 61 points de présence. La couverture reste donc une ambition à parachever : le projet initial visait les 45 chefs-lieux de province.
Face aux défis sécuritaires, la maintenance est un combat quotidien. « Nos ingénieurs effectuent des maintenances préventives et curatives mais nous sommes parfois freinés dans les zones à fort défi sécuritaire », explique le directeur général, qui salue l’accompagnement des Forces de défense et de sécurité et des Volontaires pour la défense de la patrie.
La résilience repose sur l’architecture de l’infrastructure Backbone : trois grandes boucles permettent, en cas d’incident sur le chemin prioritaire, un basculement automatique du trafic vers un second chemin. À l’international, BFS est interconnecté avec le Ghana, la Côte d’Ivoire et le Mali, et prévoit des liaisons vers le Togo, le Bénin et le Niger d’ici 2027-2028.
En 2026, BFS a construit un nouveau tronçon de 43 km entre Ouarkoye et Mana et ouvert des points de présence à Mogtédo, Pâ, Houndé et Mana, ainsi que dans plusieurs quartiers de Ouagadougou. L’entreprise est par ailleurs membre du Réseau ouest-africain des backbones nationaux.
Un leadership pragmatique et visionnaire
Le modèle est celui d’une délégation de service public, encadrée par une convention signée le 15 octobre 2021 : l’État reste propriétaire de l’infrastructure et fixe les orientations stratégiques ; BFS exploite et commercialise. Deux instances de gouvernance : Un comité de pilotage et un comité de suivi examinent régulièrement l’exécution de la convention, et les tarifs sont soumis au ministère de tutelle et à l’ARCEP. La société suit en outre un plan triennal validé par l’État.
Ceux qui travaillent avec lui décrivent un dirigeant pragmatique, axé sur les résultats et doté d’une réelle capacité d’écoute. Sa conviction, en tout cas, tient en une phrase : « Un backbone désigne une infrastructure de réseau très haut débit qui est la colonne vertébrale permettant d’interconnecter tous les réseaux : opérateurs, fournisseurs d’accès internet, entreprises, organisations et administration. »
Leçon Faso CEO
Rendre visible l’invisible : c’est peut-être le fil conducteur de son action. Les câbles qui traversent le pays ne se voient pas, mais ils portent les paiements, les données administratives, les communications des entreprises et l’accès des citoyens aux services. En consolidant une infrastructure publique exploitée par un opérateur privé, Sagadibwaoga Michel Ouédraogo rappelle qu’aucune souveraineté numérique ne se décrète sans réseau, sans maintenance et sans clients.
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