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REMA 2026 : L’Afrique à la croisée des chemins face à l’intelligence artificielle et aux droits d’auteur
À l’occasion de la 9ᵉ édition des Rencontres Musicales Africaines (REMA), le Forum IA s’est imposé comme le carrefour de réflexions stratégiques autour du thème : « Réinventer la création, la visibilité et la valeur ». Entre opportunités technologiques, défis juridiques pour le droit d’auteur et enjeu majeur de souveraineté numérique, les intervenants ont livré une analyse sans concession sur la transformation de la filière musicale africaine.
Le droit d’auteur face à l’IA générative : l’urgence d’une régulation
Au cœur des débats juridiques, la qualification de l’œuvre d’art et la protection des créateurs face aux contenus générés par algorithmes ont suscité de vivants échanges.
Chantal Kaboré / Forgio, Secrétaire générale du Bureau Burkinabè du Droit d’Auteur (BBDA), a rappelé que l’originalité constitue la condition sine qua non de la protection par le droit d’auteur, une notion historiquement rattachée à la personne physique. En s’appuyant sur les directives de la Confédération Internationale des Sociétés d’Auteurs et Compositeurs (CISAC), elle a précisé qu’une œuvre intégralement générée par une intelligence artificielle ne peut pas, en l’état actuel, être enregistrée dans le répertoire d’un organisme de gestion collective.
« Nous avons eu à mettre en instance des déclarations d’œuvres parce que nous avons des soupçons qu’elles ont été générées par l’intelligence artificielle », a révélé Chantal Kaboré. Elle préconise une révision des cadres juridiques nationaux couplée à une harmonisation communautaire et internationale, le droit d’auteur étant territorial alors que la diffusion des œuvres est transfrontalière.
Face à cette accélération technologique, Idrissa Zorom, juriste et ancien PCA du BBDA, a pointé du doigt la lenteur des politiques publiques face au rythme de l’innovation. Il appelle à la mise en place urgente de politiques publiques intégrant la souveraineté numérique et la propriété intellectuelle. Pour répondre aux défis pratiques d’identification, il suggère de s’inspirer des outils techniques déjà déployés dans le milieu universitaire pour détecter le plagiat et évaluer la part réelle d’intervention humaine dans la création.
De l’opportunité économique au risque financier : apprivoiser l’outil
Loin des discours alarmistes, Luc Mayitoukou, spécialiste des industries culturelles et créatives, invite la filière culturelle à considérer l’IA comme un levier stratégique plutôt que comme une menace.
« Il ne faut pas la prendre comme un gros serpent géant qui vient tout nous prendre, mais il faut être préparé », a martelé Luc Mayitoukou.
Il a mis en lumière les bénéfices concrets de l’IA tout au long de la chaîne de valeur musicale : de l’optimisation technique (mixage, mastering) au ciblage marketing de précision (analyse du genre, de l’âge et de la géolocalisation des auditeurs). Cependant, Luc Mayitoukou a lancé un avertissement ferme sur le coût de l’inaction : si le continent africain ne maîtrise pas ces technologies et ne forme pas ses acteurs, l’Afrique risque de perdre jusqu’à 25 % de ses revenus musicaux d’ici 2030.
Cette maîtrise technologique résonne directement avec le thème général des REMA, portées par Alif Naaba, axé sur la conversion des « followers passifs » en véritables acteurs économiques engagés auprès des artistes.
Métadonnées et souveraineté : structurer la donnée pour ne pas « subir l’IA »
L’un des enseignements majeurs du panel concerne la structuration et la cartographie des données culturelles africaines. Les experts ont souligné que les modèles d’IA générative reposent sur des données mondiales qui occultent souvent le patrimoine et les répertoires locaux.
Sans un référencement rigoureux des métadonnées nommer précisément les auteurs, compositeurs, styles musicaux, langues et territoires, les contenus africains risquent de devenir invisibles sur les moteurs de recherche et plateformes intelligentes. « Si on ne fait pas ce travail de cartographie et de structuration des données, on va continuer à subir l’intelligence artificielle parce qu’elle va nous définir sans qu’on ne lui donne les outils pour nous définir nous-mêmes », ont averti les panélistes.
Cette approche technique a été appuyée par l’éclairage scientifique du Dr Rodrigue Kafando, enseignant-chercheur en IA et apprentissage automatique, intervenant en ligne sur le rôle de l’IA comme assistant de création face au statut de créateur autonome.
Un engagement institutionnel pour le réarmement culturel
En ouverture de l’événement, les représentants gouvernementaux ont réaffirmé la place stratégique de la culture dans la dynamique du « réarmement culturel » et de la souveraineté nationale. La musique ne doit plus être abordée comme un simple divertissement, mais comme un secteur économique robuste capable de générer des emplois, d’offrir des perspectives à la jeunesse et de faire rayonner le continent à l’international.
Pierre Ouedraogo
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