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STIC 2026 : Kaboré Innocent remporte le premier prix avec « Terra AI », une IA au service des agriculteurs.
Clôturée ce 22 août à Ouagadougou, la première édition du Sahel Tech Innovation Challenge (STIC) a réuni plus de 600 projets issus de 23 pays africains. Une démonstration de force pour un continent qui entend désormais créer ses propres technologies plutôt que de simplement les consommer.
Un éveil technologique venu du Sahel
La grande finale du Sahel Tech Innovation Challenge s’est tenue ce samedi dans la salle de conférence de Ouagadougou, ouverte par les salutations en langue locale d’un avatar entièrement animé par l’intelligence artificielle — symbole assumé de la rencontre entre traditions locales et technologies de pointe.
Lancée le 23 mai 2026 par Sahel Tech Innovation Labs, la compétition a connu un engouement inédit : plus de 600 candidatures venues de 23 pays, soit près de 40 % des États du continent. Le Burkina Faso s’est particulièrement distingué, avec 261 projets déposés, soit 42 % de l’ensemble des candidatures de cette première édition.
« Aujourd’hui, nous célébrons plus qu’un défi d’innovation. Nous célébrons le talent africain, l’ambition africaine et les solutions africaines. L’Afrique ne doit pas seulement consommer les technologies de demain, elle doit les créer, les posséder et les apporter au monde »
— Nelly Zagre (épouse Minoungou), Sahel Tech Innovation Labs

Un mot d’ordre repris par l’ensemble des organisateurs, convaincus que les prochaines grandes solutions technologiques pour l’Afrique naîtront non pas dans la Silicon Valley, mais à Ouagadougou, à Niamey ou à Bamako.
« Terrah AI » : l’intelligence artificielle au service des agriculteurs
Parmi les dix finalistes retenus par un jury présidé notamment par le Dr Amadou Kientega, les projets ont été évalués sur leur pertinence, leur ingéniosité, l’apport concret de l’IA, leur rentabilité, la solidité de l’équipe et la qualité de la démonstration en direct. Santé, éducation, culture, agriculture : tous les secteurs vitaux du continent étaient représentés.
Le grand vainqueur burkinabè, Kaboré Wendgoudi Marie Innocent et son équipe, a conquis le jury avec « Terrah AI », une solution disponible en mooré comme en français, pensée pour accompagner les agriculteurs africains au quotidien.
« Nous avons développé Terrain AI pour accompagner les agriculteurs dans les problèmes qu’ils rencontrent, que ce soit pour la détection des maladies des plantes ou des insectes dans les champs. Nous les accompagnons aussi pour l’écoulement de leurs produits, en identifiant les acheteurs potentiels aux alentours, tout en prédisant les risques climatiques comme les vents violents, les inondations ou les invasions nuisibles »
— Kaboré Wendgoudi Marie Innocent, fondateur de Terrah AI
La suite ? Un déploiement sur le terrain, au plus près des producteurs. « Nous voulons aller à la rencontre des agriculteurs pour recevoir leurs retours, améliorer le projet et en faire quelque chose qui impacte vraiment l’agriculture burkinabè », précise le jeune innovateur.
Sahel Tech a profité de l’événement pour dévoiler ses propres outils : Afrina, une application destinée à briser les barrières linguistiques ; Tekre, une marketplace d’échange ; et la Sahel Tech Data Language Platform (SALDP), dédiée à la collecte de données linguistiques africaines.
La souveraineté technologique, nouvel impératif géopolitique
Représentant le Premier ministre lors de la cérémonie de clôture, le ministre d’État et ministre de la Guerre, le Général de division Célestin Simporé, a salué la vision stratégique portée par les autorités burkinabè sous l’égide du capitaine Ibrahim Traoré.
« Notre ambition ne doit plus être simplement d’utiliser les technologies produites par d’autres. Nous devons produire nos propres technologies, maîtriser nos données, développer nos solutions d’intelligence artificielle, construire nos plateformes, former nos compétences et exporter nos innovations vers l’Afrique et le monde »
— Général de division Célestin Simporé, ministre d’État
S’adressant directement à la jeunesse africaine, le ministre a lancé un appel sans détour : « N’attendez pas que quelqu’un construise votre avenir, vous avez la capacité de le construire vous-même. Faisons du Burkina Faso une terre d’innovation, un hub technologique, le point de départ de l’Afrique numérique que nous voulons construire. »
Le secteur bancaire aux côtés de l’innovation
La Banque Commerciale du Burkina (BCB) s’est distinguée en tant que sponsor officiel du Sahel Tech Innovation Challenge 2026, aux côtés d’autres partenaires stratégiques de l’événement.
Au-delà de son appui institutionnel, la BCB a marqué sa présence en offrant de nombreux lots aux lauréats de la compétition, saluant ainsi l’excellence des jeunes innovateurs africains. La cérémonie a par ailleurs été rehaussée par la présence du Directeur Général de la banque, Alain Camille Ouédraogo, venu témoigner en personne de l’engagement de l’institution en faveur de l’innovation et de l’entrepreneuriat technologique sur le continent.
Ce partenariat illustre une tendance de fond : l’implication croissante des acteurs financiers burkinabè dans l’écosystème de l’innovation, convaincus que l’accompagnement des jeunes talents technologiques constitue aussi un investissement dans l’avenir économique du pays.
Des ponts vers l’international
Cette quête de souveraineté ne se referme pas sur elle-même. La présence remarquée de Mohamed Ben Johar Almohamed, président de la Chambre de commerce du Qatar, illustre l’intérêt croissant des investisseurs internationaux pour l’écosystème sahélien.
« Ce que nous observons aujourd’hui confirme que la jeunesse africaine possède la capacité et les compétences nécessaires pour développer des solutions innovantes et contribuer à la construction d’une économie plus diversifiée et plus durable »
— Mohamed Ben Johar Almohamed, Chambre de commerce du Qatar
Pour lui, avoir une idée n’est que la première étape : la transformer en projet durable reste le véritable défi. Il a invité les investisseurs du monde entier à considérer l’Afrique comme un partenaire à part entière dans la construction de l’avenir — une dynamique déjà concrétisée par la signature d’une convention de partenariat stratégique entre Sahel Tech et Glory Group, et par des perspectives de coopération bilatérale entre le Qatar et le Burkina Faso en matière d’intelligence artificielle, de formation et d’investissement.
Le palmarès officiel du STIC 2026 :
- 1er Prix — Champion STIC 2026 (Burkina Faso) : Projet « Terra AI » de Kaboré Innocent (1 000 000 FCFA + Trophée + Incubation internationale) ;
- 2e Prix (Sénégal) : Projet « Agroshield » de Ibrahim Dia du Senegal (750 000 FCFA + Trophée + Incubation internationale) ;
- 3e Prix (Mali) : Projet « Moon Card » de Maimouna Dicko du Mali (500 000 FCFA + Trophée + Incubation internationale).
Le palmarès de la première édition
- 1er Prix — Champion STIC 26 (Burkina Faso) : 1 000 000 FCFA + trophée
- 2e Prix — Ibrahim Dia (Sénégal) : 750 000 FCFA + trophée
- 3e Prix — Maimouna Dicko (Mali) : 500 000 FCFA + trophée
Au-delà des récompenses financières, les trois lauréats pourront choisir entre trois destinations — la Chine, la Turquie ou le Qatar — pour incuber et propulser leurs solutions à l’international.
« Penser africain, créer africain et se déployer à l’échelle mondiale »
— Nelly Zagre
Le rendez-vous de Ouagadougou n’est pas un aboutissement, mais le coup d’envoi d’une nouvelle ère pour la tech africaine.
Pierre Ouedraogo
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