|
Getting your Trinity Audio player ready...
|
Fibre optique au Burkina : le DG de BFS révèle comment les tarifs de gros ont chuté de 90 à 35 millions FCFA en 3 ans
Dans cet entretien réalisé avec M. Sagadibwaoga Michel Ouédraogo, Directeur Général de Bridge Fiber Solutions (BFS), le 12 août 2026, nous avons abordé le sujet de la fibre optique nationale portée par la société dont il a la charge.
Bridge Fiber Solutions (BFS) est une filiale de Telecel Faso chargée d’exploiter et de commercialiser le backbone national de télécommunications construit par l’État burkinabè. L’infrastructure représente environ 3 000 km de fibre optique, avec notamment 61 points de présence sur une partie du réseau. BFS propose aux opérateurs télécoms, fournisseurs d’accès, entreprises et administrations des services de location de capacité, de fibre noire, de longueur d’onde, de fourreaux, de transit IP, de synchronisation, de colocalisation et de raccordement.
L’entreprise a lancé ses activités commerciales en mars 2023. En juillet 2026, le comité de pilotage du projet Backbone a salué les progrès enregistrés depuis la précédente session tout en appelant l’ensemble des acteurs à maintenir une collaboration étroite pour préserver les investissements consentis par l’Etat et renforcer durablement les infrastructures numériques nationales.
Nous avons voulu rencontrer le Directeur Général pour avoir plus d’informations sur ce backbone national. Mais avant de commencer, on va demander au DG de BFS de bien vouloir se présenter à nos lecteurs.
OK, merci. Bonjour à vous chers camarades du média Digital Magazine Burkina. C’est un plaisir pour moi de vous recevoir ce matin pour donner plus d’informations sur la société BFS. Je me nomme Sagadibwaoga Michel Ouédraogo. Je suis ingénieur de réseaux et télécommunication, un pur produit entièrement « formé au Burkina Faso ». Je suis titulaire d’un baccalauréat série E obtenu au Lycée Technique National Aboubacar Sangoulé Lamizana. J’ai continué à l’Université Nazi Boni (anciennement Université de Bobo-Dioulasso) où j’ai obtenu un BTS, puis à l’Université Aube Nouvelle pour un BAC+5 en réseaux et télécommunication. Je suis aussi diplômé en management des organisations de l’Université 2IE et certifié administrateur et dirigeant d’entreprise par la Chambre de Commerce et d’Industrie du Burkina Faso. Je suis aujourd’hui à ma vingt-deuxième année d’expérience dans ce secteur et je suis fier d’être un produit formé et consommé au Burkina.
Vous êtes à la tête de BFS ; pourriez-vous nous présenter Bridge Fiber Solutions, ses ambitions et ses objectifs ?
BFS est la structure chargée de l’exploitation et de la commercialisation du réseau très haut débit de 3 000 km de fibre optique construit par l’État Burkinabè. Ce choix a été fait après un appel d’offres international lancé en 2021. BFS a été retenu pour exploiter ce réseau afin de donner un coup de pouce à l’accélération de la transformation digitale au Burkina Faso.
Avant d’aller plus en détail, pouvez-vous nous expliquer ce qu’est un backbone et pourquoi est-il important dans le réseau technologique du Burkina ?
En français facile, en télécommunication, un backbone désigne une infrastructure de réseau très haut débit qui est la colonne vertébrale permettant d’interconnecter tous les réseaux : opérateurs, fournisseurs d’accès internet, entreprises, organisations et l’administration. L’État a construit ce réseau de 3 000 km, qui couvre pratiquement tout le territoire, pour accompagner l’ensemble des acteurs de l’écosystème.
Après 3 ans d’exploitation, quel bilan chiffré faites-vous de BFS ?
Les débuts ont été difficiles. Lorsque nous avons commencé, les opérateurs de téléphonie mobile avaient déjà leurs propres réseaux et n’ont pas répondu à l’appel immédiatement. Nous avons dû refaire notre business plan pour adresser de nouveaux segments de clientèle. Cela nous a conduits d’un portefeuille de 7 clients en 2023 à 44 clients aujourd’hui en 2026.

Combien d’opérateurs et d’administrations utilisent effectivement le réseau ?
Nous avons plus de 44 clients actuellement, y compris les trois opérateurs de téléphonie mobile nationaux, plusieurs fournisseurs d’accès internet, des sociétés d’État, des banques et des organisations internationales.
Quel regard portez-vous sur cette croissance et quelles sont les perspectives ?
Nos perspectives sont très bonnes. Nous intéressons de nombreuses entreprises qui ont des succursales à l’intérieur du pays et besoin d’être interconnectées. Notre label qualité repose sur l’architecture du réseau construit autour de trois grandes boucles. Cette technologie permet d’avoir plusieurs chemins pour aller d’un point A vers un point B. En cas d’incident sur le chemin prioritaire, un deuxième chemin est automatiquement emprunté pour assurer la continuité du service.
Pourquoi certains acteurs n’adhèrent-ils pas encore pleinement au projet ?
Comme expliqué, entre la naissance du projet et sa réalisation, les opérateurs mobiles ont construit parallèlement leurs propres réseaux (l’un revendique plus de 3 000 km et l’autre plus de 2 500 km). Le besoin ne se présentait donc plus de la même manière pour eux. C’est pourquoi nous avons dû développer de nouvelles stratégies pour d’autres segments. Pour 2026-2027, notre ambition est de créer encore plus de chemins pour rendre le réseau plus maillé et disponible.
Parlons des tarifs. Les tarifs de gros ont-ils baissé depuis le lancement de BFS ?
C’est une question très pertinente. Depuis l’entrée de BFS, les tarifs ont connu des baisses spectaculaires. Par exemple, en 2023, un service de 10 Go coûtait pratiquement 90 millions de FCFA par mois ; aujourd’hui, en 2026, ce même service se négocie à environ 35 millions. Nos tarifs sont validés par le ministère de la Transition Digitale et par l’ARCEP pour être compétitifs au niveau national et international. Nous sommes d’ailleurs déjà interconnectés avec le Ghana, la Côte d’Ivoire et le Mali.

Comment BFS garantit-elle un accès équitable à tous les opérateurs ?
Nous avons une exigence d’équité et de non-discrimination. Notre catalogue de prix officiel est validé par notre ministère de tutelle et l’autorité de régulation (ARCEP), qui analyse chaque année si nos tarifs sont compétitifs par rapport au marché national et sous-régional. Tous nos clients sont traités sur le même pied d’égalité.
Quelles sont les mesures prises contre les coupures, le vandalisme et les incidents techniques ?
Nos ingénieurs effectuent des maintenances préventives et curatives mensuelles et trimestrielles sur le terrain. Cependant, nous sommes parfois freinés dans les zones à fort défi sécuritaire. Je tiens à saluer les Forces de Défense et de Sécurité (FDS) et les VDP qui nous accompagnent pour résoudre les incidents dans ces zones difficiles.

Quels investissements et nouveaux services BFS prévoit-elle pour 2026 et 2027 ?
Nous suivons un plan triennal validé par l’État. Nous prévoyons de renforcer la résilience du réseau dans l’Ouest, l’Est et le Centre-Nord. En 2026, nous avons déjà construit un nouveau tronçon de 43 km entre Ouarkoye et Mana, et ouvert des points de présence dans les localités de Mogtédo, Pâ, Houndé et Mana ainsi que dans certains quartiers de Ouagadougou. Pour 2027, nous prévoyons la réalisation d’une étude technique pour le raccordement d’une deuxième sortie vers la frontière vers le Mali et des connexions vers le Togo, le Bénin et le Niger. BFS est membre du réseau ouest-africain des backbones nationaux qui réunit une dizaine de pays.
Quel est votre mot de la fin ?
Je voudrais remercier votre organe de presse. Je remercie également notre ministère de tutelle, le Ministère de la Transition Digitale, des Postes et des Communications Électroniques (MTDPCE). Je salue la camarade Ministre, Dr Aminata Zerbo/Sabané, pour son accompagnement et ses conseils avisés. Merci aux FDS, aux VDP et à l’ensemble de mes collaborateurs pour leur résilience. La patrie ou la mort, nous vaincrons !
Un mot final pour Digital Magazine Burkina ?
Merci pour le travail que vous abattez jour et nuit. Nous avons du plaisir à vous lire et à trouver l’information juste. Bon vent à Digital Magazine et à très bientôt.
Propos recueillis par Pierre Ouedraogo
En savoir plus sur Digital Magazine Burkina
Subscribe to get the latest posts sent to your email.

