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Ce 24 juillet 2026, l’Institut National des Hautes Études Internationales (INHEI) a accueilli la 5e édition de sa conférence scientifique annuelle. Placée sous le thème « Médias et diplomatie : comprendre les enjeux diplomatiques du traitement de l’information par les médias burkinabè », cette rencontre a réuni membres du gouvernement, diplomates, chercheurs et professionnels des médias pour une réflexion profonde sur le rôle stratégique de l’information dans le nouveau contexte géopolitique du Sahel.
Un tournant géopolitique majeur pour la diplomatie burkinabè
L’ouverture des travaux a été marquée par l’intervention du ministre des Affaires étrangères, de la Coopération régionale et des Burkinabè de l’extérieur, Karamoko Jean-Marie Traoré. Il a souligné que cet événement intervient dans un moment de « transformation géopolitique » caractérisé par la création de la Confédération des États du Sahel (AES) en 2024 et une volonté affirmée de souveraineté. Pour le chef de la diplomatie, il est impératif d’harmoniser les actions des acteurs qui contribuent à la politique étrangère, car « l’enjeu ici étant que nous puissions profiter de ce cadre qui met en présence experts, professionnels des médias, diplomates et chercheurs ».
Les médias comme « armes » de souveraineté et de diplomatie
Les échanges ont mis en lumière que le traitement médiatique n’est plus une variable secondaire, mais une véritable « arme diplomatique ». Le Dr Poussi Sawadogo a décrit l’espace médiatique comme une zone de confrontation entre les puissances impérialistes et les nations patriotes du Sahel. Selon lui, alors que certains médias occidentaux mènent une « campagne médiatique de manipulation » pour ternir l’image de l’AES, les médias nationaux ont pour mission de défendre la dignité des peuples et d’imposer un discours conforme à la réalité sahélienne.
Le ministre de la Communication, Gilbert Ouédraogo, a abondé dans ce sens en affirmant que « les médias sont de véritables outils de diplomatie politique et culturelle ». Dans le contexte actuel, il a insisté sur le fait que le Burkina Faso est engagé dans une « dynamique de communication de guerre » et une « guerre informationnelle » où le secteur public et privé doivent co-construire le récit national aux côtés du gouvernement.
Les défis de la diplomatie numérique et de l’intelligence artificielle
L’un des moments forts de la conférence a été la communication du Dr Cyriaque Paré, fondateur de Lefaso.net. Il a défini la diplomatie numérique comme l’utilisation des technologies pour influencer les opinions publiques mondiales, notant que « le numérique introduit une rupture » dans la structure du pouvoir informationnel traditionnel. Dr Paré a toutefois alerté sur les dangers de la désinformation amplifiée par l’intelligence artificielle générative, capable de produire des deepfakes pour déstabiliser les institutions.
Pour renforcer la « souveraineté informationnelle » du pays, il a formulé des recommandations concrètes :
- Doter chaque ambassade d’un attaché de presse numérique qualifié.
- Créer un portail officiel multilingue (français, anglais, arabe) pour servir de référence mondiale sur le Burkina Faso.
- Investir dans la formation des journalistes à la détection des contenus manipulés.
La sagesse des anciens et la résilience nationale
L’Ambassadeur Philippe Sawadogo a rappelé, avec une perspective historique, que « la diplomatie c’est le savoir-faire et la communication c’est le faire savoir ». Il a salué la capacité des Burkinabè à résister aux influences extérieures et à créer une valeur ajoutée à travers des écoles de formation d’élite et des initiatives comme le FESPACO. Le Professeur Serge Théophile Balima, modérateur des débats, a quant à lui exhorté le gouvernement à maintenir sa résilience, rappelant que « tant qu’on ne va pas mettre fin au terrorisme, certaines façons de traiter l’information ne peuvent pas avoir droit de cité » en raison de la situation exceptionnelle du pays.
En somme, cette 5e édition a réaffirmé que la diplomatie moderne ne peut se concevoir sans une maîtrise totale du récit médiatique. Entre défis technologiques et impératifs de sécurité, le Burkina Faso forge sa propre voie, convaincu que la victoire finale se gagnera aussi sur le front des idées et de l’image internationale.
Dans cette nouvelle ère où le clic d’un internaute peut avoir autant d’impact qu’une note diplomatique, le Burkina Faso a compris que pour ne plus être le sujet d’un récit écrit par d’autres, il doit devenir l’unique architecte de sa propre vérité numérique.
Pierre Ouedraogo
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