Ouagadougou accueille depuis ce 14 juillet 2026, la 4e édition du Salon international des professionnels de l’économie numérique de l’UEMOA (SIPEN-UEMOA), un rendez-vous désormais incontournable pour les acteurs publics et privés du secteur. Placée sous le thème ambitieux « Refonder l’économie numérique au sein de l’UEMOA : IA, FinTech et finances inclusives », cette édition 2026 réunit les délégations des huit États membres et de plusieurs pays du continent. Objectif : dessiner une feuille de route commune pour une croissance digitale durable, inclusive et maîtrisée, au service des populations et de la souveraineté régionale.
Une ouverture solennelle sous le signe de l’unité
La cérémonie a été officiellement lancée par le Dr Aminata Zerbo/Sabané, ministre de la Transition Digitale, agissant au nom du Premier Ministre. Dans son discours d’ouverture, elle a souligné l’importance stratégique de cet événement pour la vision numérique régionale. Elle a ensuite évoqué le numérique comme arme de résilience et de souveraineté. « Le Burkina Faso est particulièrement honoré d’accueillir cette importante rencontre. Elle intervient dans un contexte où le numérique s’impose désormais comme un puissant levier de compétitivité, de souveraineté et d’intégration économique au service d’une croissance durable et inclusive. » a déclaré Dr Aminata Zerbo/Sabane.
À ses côtés, le ministre de la Communication, Économie numérique et Modernisation de l’Administration du Mali Alhamdou Ag Ilyène accompagné de son homologue du Niger formant l’AES a lancé un appel vibrant à l’unité. Selon lui, s’unir est impératif pour relever les défis de l’économie numérique et transformer les obstacles en opportunités de croissance pour la sous-région.
Un état des lieux entre progrès fulgurants et défis persistants
Le salon a été l’occasion de dresser un bilan du paysage numérique ouest-africain. Les chiffres témoignent d’une progression notable :
- L’inclusion financière mobile a bondi de 37% à environ 75% en dix ans.
- La zone compte désormais 249 millions de comptes de monnaie électronique, le Mobile Money représentant 57% de l’inclusion financière.
- Le parc de smartphones est estimé à 146 millions d’appareils pour une population de 140 millions d’habitants dans la sous-région.
Toutefois, des zones d’ombre subsistent. Seulement 31% des comptes de monnaie électronique sont réellement actifs, et un obstacle majeur freine l’innovation : moins de 5% des financements bancaires sont actuellement orientés vers le secteur du numérique.
La vision des acteurs : entre expertise technique et pilotage institutionnel
Antoine NGOM, en sa qualité de président de l’organisation des professionnels du TIC (ROP-TIC), a apporté la perspective du secteur privé, soulignant la nécessité de créer des passerelles solides entre les innovateurs et les pouvoirs publics. Il appelle ensuite à un bloc uni ouest-africain face aux géants mondiaux du net. « Cette session nous a permis de rappeler qu’aucun nom de domaine national n’est une simple adresse Internet. C’est un actif stratégique, un levier économique et un attribut de souveraineté numérique. Elle a surtout permis de poser les bases d’une alliance ouest-africaine des noms de domaines. Parce que dans le monde numérique, les règles s’écrivent chaque jour. Et si nous ne parlons pas d’une seule voix, d’autres parleront à notre place. » déclare M. Ngom.
De son côté, Paul KOFFI Koffi, Commissaire chargé de l’économie numérique au sein de l’UEMOA, porte des chantiers régionaux d’envergure. Parmi les priorités figure la mise en place d’un fonds régional de type UEMOA, en partenariat avec la BOAD et la BCEAO, destiné à financer des champions régionaux dans des secteurs clés comme l’IA, la santé numérique et l’agritech. La Commission travaille également sur une stratégie communautaire en Intelligence Artificielle, s’appuyant sur les bases déjà établies par des pays comme le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Burkina Faso. « L’intelligence artificielle qui devient une technologie incontournable, la commission de l’UEMOA a décidé de préparer et d’adopter, dans un délai très court, une stratégie de développement de l’intelligence artificielle. Actuellement, nous avons quatre pays dans la zone pour faire une stratégie. […] Nous allons nous appuyer sur ce qui est fait dans ces quatre pays pour développer une stratégie communautaire. »
Vers la « Déclaration de Ouagadougou »
L’événement doit aboutir à la « Déclaration de Ouagadougou », traduisant une volonté commune d’accélérer la transformation numérique. « En effet, nos populations attendent bien davantage que des recommandations. Elles attendent des décisions, des projets structurants, des partenariats solides, des investissements ambitieux et des résultats concrets susceptibles d’améliorer leur quotidien. Je souhaite donc que la Déclaration de Ouagadougou traduise avec force notre volonté commune d’accélérer la transformation numérique de l’UEMOA. » a déclaré à cet effet, Dr Aminta Zerbo/Sabane, ministre de la Transition Digitale des Postes et des Communications Electroniques.
Les axes prioritaires pour cette déclaration sont clairs :
- Investir massivement dans les infrastructures, la formation et la cybersécurité.
- Lutter contre la fuite des cerveaux en offrant des opportunités locales aux talents africains.
- Garantir que le numérique bénéficie prioritairement aux femmes, aux jeunes et aux zones rurales.
Avec des initiatives telles que la feuille de route numérique 2030 du Burkina Faso, qui comporte 12 chantiers majeurs, la région se dote des outils nécessaires pour devenir un pôle d’innovation technologique sur le continent.
Pierre Ouedraogo
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