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Passée par des géants mondiaux comme Oracle et Adobe, aujourd’hui Directrice générale de l’Innovation au ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation, Aminata Deen Touré incarne une nouvelle génération de femmes qui font entrer l’État guinéen dans l’ère du numérique.
Dans sa série de portraits consacrée aux femmes qui façonnent le numérique africain, Digital Magazine Burkina traverse cette fois la frontière burkinabé pour s’arrêter à Conakry, où se joue une partie de la transformation digitale de l’administration guinéenne. Longtemps, l’informatique de l’État s’est résumée à des applications isolées, des procédures fortement papier et des projets technologiques portés surtout par des prestataires privés. Désormais, le changement est piloté de l’intérieur, par des profils technologiques de haut niveau. Parmi eux, une femme se détache : Aminata Deen Touré, Directrice générale de l’Innovation, en première ligne pour structurer l’écosystème tech public et créer des passerelles avec les startups.
De la tech mondiale aux défis de Conakry : un parcours d’ingénieure de haut niveau
Ingénieure de formation, Aminata Deen Touré a construit les premières années de sa carrière loin des couloirs ministériels, dans l’univers extrêmement compétitif des grandes entreprises technologiques globales. Elle a notamment travaillé pour Oracle et Adobe, deux poids lourds de l’industrie numérique, où elle a affûté une expertise pointue en systèmes d’information, solutions logicielles et transformation digitale à grande échelle.

Cette trajectoire internationale lui ouvre des perspectives confortables dans le secteur privé, mais Aminata Deen Touré fait un choix différent : revenir en Guinée pour mettre cette expérience au service de l’intérêt général. La transformation numérique des États est, pour elle, un enjeu stratégique de développement autant qu’un défi d’ingénierie : comment faire passer des administrations fragmentées, souvent peu outillées, à des organisations capables de s’appuyer sur la donnée, les plateformes numériques et l’innovation ouverte pour mieux servir les citoyens.
En acceptant de rejoindre l’administration guinéenne, elle fait le pari que les mêmes standards d’exigence, de rigueur et de performance qu’elle a connus chez les géants de la tech peuvent s’appliquer dans un contexte public, à condition d’avoir une vision claire, un leadership assumé et une volonté politique forte.

À la tête de l’Innovation : moderniser les systèmes d’information de l’État
Aujourd’hui Directrice générale de l’Innovation au ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation, Aminata Deen Touré se trouve au cœur d’un chantier structurant : moderniser les systèmes d’information de l’État guinéen et créer un environnement favorable à l’innovation et aux startups.
Concrètement, son action se déploie sur plusieurs fronts :
- La refonte et la sécurisation des systèmes d’information publics, pour améliorer la circulation de la donnée, la traçabilité des décisions et l’efficacité des services.
- La mise en place de cadres de collaboration entre l’administration, les partenaires techniques et les organisations internationales, comme en témoignent les visites de travail avec le PNUD dans le cadre de la mise en œuvre d’un Tech Hub.
- La construction d’un écosystème d’innovation au sein même de l’État, où les projets pilotes, les expérimentations numériques et les partenariats avec les jeunes entreprises tech sont encouragés plutôt que perçus comme des risques à éviter.
Dans un pays où l’urgence sociale et économique peut accaparer l’essentiel de l’énergie politique, porter un agenda de transformation numérique de fond demande du temps, de la pédagogie et un sens aigu de la stratégie. C’est là que le profil hybride d’Aminata Deen Touré – ingénieure technologue, mais aussi stratège des politiques publiques – fait la différence.
Une architecte de l’écosystème tech public guinéen
Au-delà des chantiers techniques, Aminata Deen Touré défend une vision précise de ce que doit être un écosystème technologique national : un espace où l’État n’est pas seulement régulateur ou client, mais aussi catalyseur, facilitateur et parfois co-constructeur de solutions avec les innovateurs locaux.
Ainsi, la Direction générale de l’Innovation s’impose progressivement comme un point de convergence :
- Pour les partenaires internationaux qui souhaitent soutenir la transformation digitale de la Guinée par des projets structurants et des investissements ciblés.
- Pour les universités et centres de recherche, qui trouvent dans l’innovation publique un débouché concret à leurs travaux et à la formation de leurs étudiants.
- Pour les startups et jeunes pousses locales, qui cherchent un accès plus fluide aux administrations, aux marchés publics, aux données ouvertes et aux programmes d’accompagnement.
Cette posture d’architecte d’écosystème – déjà mise en lumière par les organisateurs des trophées KATALA, qui saluent sa capacité à relier expertise internationale et impact local – dessine le portrait d’une femme qui préfère la construction patiente à la communication tapageuse.

Une figure de référence pour les jeunes filles dans les TIC
La présence d’Aminata Deen Touré dans les grands rendez-vous du numérique, en Guinée et à l’international, contribue aussi à visibiliser les femmes dans un secteur encore très masculin. En 2024, elle représente la Guinée à la Semaine de l’Apprentissage Numérique au siège de l’UNESCO, portant un message fort en faveur d’une transformation digitale inclusive et centrée sur les compétences.
Lors d’initiatives consacrées aux jeunes filles dans les TIC, son parcours est régulièrement cité en exemple : celui d’une femme ingénieure qui a su s’imposer dans des environnements techniques exigeants et qui, désormais, pilote la conception de politiques publiques d’innovation au plus haut niveau.
Pour une génération de lycéennes et d’étudiantes guinéennes, voir une femme occuper la fonction de Directrice générale de l’Innovation n’est pas seulement symbolique : c’est la preuve qu’il est possible de choisir des études scientifiques, de viser des postes techniques de responsabilité et de participer au dessin des infrastructures numériques de leur pays.
« Piloter l’innovation pour ne plus la subir » : une KATALA de la refondation
Cette vision de l’innovation comme levier de refondation vaut à Aminata Deen Touré une nomination aux Trophées KATALA 2026, qui mettent en lumière les leaders contribuant à réinventer la Guinée. Les organisateurs saluent en elle une « KATALA refondateur », capable de piloter l’innovation au lieu de simplement s’adapter à ses effets.
Les Trophées KATALA rappellent que ces profils sont essentiels pour ancrer la transformation numérique dans la durée : ils savent traduire une stratégie technologique en feuille de route opérationnelle, fédérer des équipes, négocier avec des partenaires internationaux et maintenir le cap malgré les contraintes budgétaires ou institutionnelles.
La cérémonie de couronnement de l’édition 2026, prévue le 24 avril au Chapiteau By Issa à Conakry, sera l’occasion de célébrer ces parcours qui démontrent que la Guinée dispose des talents nécessaires pour relever les défis de la modernité. La nomination d’Aminata Deen Touré y prendra une résonance particulière, comme symbole d’un État qui choisit de confier des responsabilités clés à des profils technologiques féminins.
Digital Magazine Burkina lui rend hommage
Aminata Deen Touré n’est peut‑être pas encore un nom familier dans tous les foyers africains, mais elle l’est déjà pour celles et ceux qui suivent de près la transformation digitale de la Guinée. Son itinéraire relie la rigueur de la tech mondiale à l’engagement pour le service public, dans un moment où l’Afrique cherche à accélérer sa transition numérique sans perdre de vue la souveraineté de ses systèmes d’information.
Une ingénieure passée par les géants du logiciel, une Directrice générale de l’Innovation au cœur des mutations de l’État, une bâtisseuse d’écosystème pour les startups et un modèle assumé pour les jeunes filles dans les TIC : Aminata Deen Touré illustre cette conviction que la technologie ne se contente pas d’optimiser l’existant, elle peut redessiner la relation entre l’administration et les citoyens.
Digital Magazine Burkina lui adresse un hommage sincère : l’Afrique a besoin de bâtisseuses de ce type, capables de transformer en profondeur les institutions, de créer des ponts avec les innovateurs et de prouver que l’intelligence technologique peut être le moteur d’un développement réellement inclusif.
Pierre Ouédraogo
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