« Dispo Alerte UEMOA » : le numérique en renfort d’une intégration qui peine à circuler

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Le Burkina s’approprie « Dispo Alerte UEMOA » : la plateforme pour signaler les entraves à la libre circulation des personnes et des biens dans les 8 pays de l’Union.

Le Burkina Faso a tenu, jeudi 24 septembre 2026 à Ouagadougou, le séminaire national d’appropriation de « Dispo Alerte UEMOA », la plateforme communautaire de signalement des entraves à la libre circulation des personnes et des biens, indique la DCRP du ministère des Affaires étrangères. Derrière un exercice de formation apparemment technique se joue une question plus ancienne et plus politique : comment faire d’un principe inscrit depuis des décennies dans les traités ouest-africains une réalité vécue sur les routes, aux frontières et dans les guichets.

Crédit photo : DCRP/MAE

Un séminaire pour apprivoiser l’outil

Le ministère des Affaires étrangères et l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) ont réuni, ce jeudi, les acteurs censés être à la fois les utilisateurs et les relais de la nouvelle plateforme : ordres des professions libérales de la santé, faitière des transporteurs routiers du Burkina Faso, ligue des consommateurs et représentants des départements ministériels.

L’objectif affiché est double : sensibiliser sur les enjeux de la libre circulation des personnes et des biens, et outiller concrètement les participants sur l’utilisation de l’outil.

La cérémonie d’ouverture a été présidée par le secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, l’ambassadeur Hermann Yirigouin TOE, représentant la ministre déléguée auprès du ministre des Affaires étrangères, Bêbgnasgnan Stella Eldine Kabré/Kaboré. Côté communauté, le directeur de cabinet du commissaire chargé du département du marché régional et de la coopération de l’UEMOA, Georges Anicet OUEDRAOGO, a pris part aux travaux.

Le choix des participants n’est pas neutre. Transporteurs routiers, professionnels de santé et consommateurs sont, avec les opérateurs économiques, les premières catégories exposées aux entraves : contrôles multiples sur les axes, lenteurs dans la délivrance des documents, obstacles au droit d’établissement. Les départements ministériels, eux, sont les points focaux chargés de recevoir et de traiter les signalements.

Une plateforme à double volet

« Dispo Alerte UEMOA » se présente, selon la communication officielle, comme une plateforme à double volet.

Le premier volet est dédié au signalement et au traitement des entraves à la libre circulation des personnes et des biens : tout usager — citoyen, entreprise ou autorité compétente — peut signaler une difficulté, déposer une plainte et en suivre le traitement.

Le second volet est destiné à faciliter la délivrance des documents de certification des produits et marchandises provenant des pays de l’espace UEMOA — une fonctionnalité rattachée à la dématérialisation de l’octroi du certificat d’origine communautaire, document qui permet aux produits agréés dans un État membre de circuler dans l’Union en exonération des droits de douane.

Le secrétaire général du ministère des Affaires étrangères a salué « un instrument d’écoute, de transparence et de redevabilité, permettant de faire remonter l’information depuis le terrain, de documenter les difficultés, d’en identifier les causes et de saisir les autorités compétentes ».

Selon le fonctionnement décrit par la Commission de l’UEMOA lors des ateliers de présentation, une entrave signalée est transmise aux autorités nationales concernées et à la Commission, qui enquêtent conjointement et collaborent à une résolution rapide. Le dispositif repose sur la coopération entre les États membres, les organes de l’Union et les acteurs du secteur privé.

Un dispositif conçu en 2023, déployé progressivement dans l’Union

Si le dossier burkinabè présente « Dispo Alerte UEMOA » comme une nouveauté, l’outil a une histoire. Conçu par la Commission de l’UEMOA — avec le concours de consultants spécialisés — et mis en ligne fin 2023, le dispositif d’alerte (également référencé sous le nom de « Dispalerte ») a fait l’objet d’ateliers nationaux de présentation dans plusieurs capitales de l’Union dès octobre 2023 : Cotonou début octobre, Abidjan le 23 octobre de la même année.

Ces ateliers ont été organisés avec l’appui financier de l’Union européenne à travers le Projet d’appui au renforcement des capacités (PARCI). Ils ont également servi à remettre des équipements aux structures concernées : départements ministériels, secteur privé, ordres professionnels et faitières.

Le séminaire de Ouagadougou s’inscrit donc dans la phase d’appropriation nationale d’un dispositif déjà déployé ailleurs — une chronologie qui dit aussi la lenteur des cycles communautaires entre la conception d’un outil et son adoption par les usagers.

En marge du volet « alerte », la plateforme associée de dématérialisation de l’octroi de l’origine communautaire doit permettre aux opérateurs économiques de soumettre leurs demandes et de fournir les documents nécessaires de manière électronique, pour un gain de temps et de transparence dans la gestion des dossiers.

Pierre Ouedraogo


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