Un ouvrage pour penser l’Afrique à l’ère de l’intelligence artificielle
L’ouvrage “Numérique et intelligence artificielle en Afrique” du Dr Sambo Kalifa Sankara ouvre le débat sur le rôle stratégique du numérique, de la donnée et de l’intelligence artificielle dans la transformation économique du continent. Entre souveraineté numérique, gouvernance des données, formation et infrastructures, le livre se veut à la fois un essai de réflexion et une feuille de route pour l’action.
La cérémonie de dédicace de l’ouvrage Numérique et intelligence artificielle en Afrique, tenue ce 20 mai 2026 à Ouagadougou, a rassemblé plusieurs acteurs du monde intellectuel et du numérique autour d’une même conviction : l’Afrique ne peut plus rester en marge de la révolution technologique en cours. À travers ce livre, Dr Sambo Kalifa Sankara met en lumière le potentiel du numérique et de l’intelligence artificielle comme leviers majeurs de développement économique pour le continent.
Le numérique et la donnée, nouveaux leviers du développement
Dans cet essai, l’auteur défend une idée forte : le développement de l’Afrique ne peut plus être pensé uniquement avec les outils classiques de l’économie industrielle. Le numérique, la donnée et l’intelligence artificielle redéfinissent déjà les modes de décision, les organisations et les dynamiques de production. L’ouvrage insiste notamment sur les limites des indicateurs économiques traditionnels, sur la donnée comme ressource stratégique, sur l’IA générative comme moteur de productivité dans des secteurs tels que l’éducation, la santé, l’agriculture ou encore la microfinance, ainsi que sur la nécessité de bâtir des écosystèmes technologiques africains solides.
Le message de fond est clair : l’Afrique ne doit pas se contenter d’être une simple utilisatrice des technologies du futur. Elle doit aussi devenir productrice de ses propres solutions numériques et intelligentes. Cette vision traverse l’ensemble de l’ouvrage, dont le sous-titre — Les incontournables leviers du développement économique, de la donnée à l’action — résume l’ambition : passer du constat à la transformation concrète.
Des données stratégiques pour gouverner et produire autrement
Préfacé par Dr Zakaria Soré, enseignant-chercheur en sciences sociales et secrétaire général de la Présidence du Faso, l’ouvrage a été présenté comme une contribution importante au débat sur la place de la donnée dans la gouvernance contemporaine. Lors de la présentation, le préfacier a posé le cadre conceptuel de la donnée, décrite comme une matière première stratégique. À la différence du pétrole, a-t-il souligné, la donnée ne s’épuise pas et peut être mobilisée dans de nombreux secteurs, de l’agriculture à l’élevage, en passant par l’économie et l’administration publique.
L’un des points centraux du livre reste la souveraineté numérique. L’auteur y alerte sur une réalité préoccupante : l’Afrique demeure encore fortement dépendante d’infrastructures numériques extérieures, de cadres réglementaires insuffisants et d’un déficit d’expertise locale. La question est d’autant plus sensible qu’une très grande partie des données africaines reste hébergée hors du continent. Dans ces conditions, interroge l’auteur, comment parler réellement de souveraineté numérique ?
Pour autant, l’ouvrage ne se limite pas au diagnostic. Il ouvre aussi des perspectives. Dr Sankara rappelle que l’Afrique représente un marché du cloud en pleine croissance, estimé à plusieurs milliards de dollars, et cite des pays comme le Maroc, l’Afrique du Sud et le Rwanda parmi ceux qui avancent vers des capacités d’hébergement plus autonomes. Il plaide ainsi pour des réformes structurelles : intégration précoce du numérique dans les apprentissages, investissement dans la formation, mobilisation de la diaspora, création de meilleures conditions pour retenir les talents et limitation de la fuite des cerveaux.

La dimension critique de l’ouvrage a également été mise en relief par Dr Dayamba, enseignant-chercheur en économie numérique, qui en a proposé une lecture analytique. Il a notamment relevé cette idée forte formulée dans le livre : « la révolution numérique n’est pas neutre. Elle crée des gagnants et des perdants ». Pour lui, l’Afrique doit faire les bons choix stratégiques afin de ne pas subir cette quatrième révolution industrielle, mais au contraire s’en servir comme d’un avantage compétitif pour accélérer son développement.
L’intelligence artificielle, oui, mais avec un écosystème solide
Au fil des pages, Dr Sambo Kalifa Sankara montre que l’intelligence artificielle ne peut produire ses effets qu’à l’intérieur d’un écosystème numérique robuste. Selon lui, il ne suffit pas de dire oui à l’IA ; encore faut-il disposer des prérequis indispensables : connectivité, réseaux, centres de données, formation, régulation et vision politique. L’auteur a d’ailleurs salué les efforts récents consentis dans le domaine des infrastructures, tout en estimant qu’il faut aller beaucoup plus loin pour protéger et valoriser les données africaines.
Éthique, régulation et gouvernance : les autres défis de l’IA
L’ouvrage aborde aussi la question de l’éthique de l’intelligence artificielle et de sa régulation. Comment encadrer l’IA ? Comment garantir un usage au service de l’intérêt général ? Comment éviter qu’elle ne renforce les inégalités ou les dépendances existantes ? Autant d’interrogations qui donnent à ce livre une portée à la fois économique, politique et sociétale. À ce sujet, le premier responsable de l’autorité de régulation au Burkina, Modeste Wendgoudi Ouedraogo, Président du Conseil Supérieur de la Communication (CSC), soulève l’importance de l’intelligence artificielle (IA) et du numérique comme leviers de développement pour le Burkina Faso, tout en soulignant la nécessité impérieuse de repenser la régulation. « Cela nous interpelle en tant que régulateur : comment intégrer la nécessité de repenser nos modes de régulation pour que le numérique et l’intelligence artificielle soient vraiment utilisés davantage pour notre bien-être […] et comment minimiser ou réduire à leur plus faible expression les dangers. » a déclaré Modeste W. Ouedraogo.

Un essai qui appelle à l’action
Pour son auteur, passionné d’informatique et de technologie depuis l’enfance, cette publication vient couronner plusieurs années d’études et d’engagement sur le terrain. Depuis 2012, Dr Sankara parcourt le continent pour partager son expertise technologique. Ce livre, initialement pensé autour de l’intelligence artificielle seule, a finalement élargi sa focale pour lever toute confusion entre IA et numérique, en rappelant que l’IA repose d’abord sur des infrastructures, des données et des compétences.
Avec cette parution, Dr Sambo Kalifa Sankara signe un ouvrage de réflexion mais aussi d’interpellation. En mettant en relation transformation numérique, souveraineté, gouvernance des données, infrastructures et développement économique, il invite les décideurs africains à penser l’avenir avec lucidité, ambition et méthode. Plus qu’un simple essai, Numérique et intelligence artificielle en Afrique se présente comme un appel à bâtir les fondations d’une Afrique technologiquement souveraine.
À noter : l’ouvrage est annoncé en édition limitée dans un premier temps et devrait être disponible en plus grande quantité dans un délai d’environ un mois à travers le lien pour la réservation du livre Numérique et IA en Afrique.
Pierre Ouedraogo
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