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À la 22e Semaine nationale de la culture à Bobo-Dioulasso, l’enseignant-chercheur Boulkindi Couldiati a présenté, ce 1er mai 2026, un ouvrage de référence retraçant cinquante ans d’histoire du Grand Prix national des arts et des lettres (GPNAL), section Lettres. Fruit de seize ans de recherche, ce panorama critique interroge la mémoire d’une institution fondatrice, le sort des manuscrits primés et les politiques éditoriales du Burkina Faso.

Un prix littéraire né avant la SNC, une mémoire longtemps mal datée
À la 22e Semaine nationale de la culture à Bobo-Dioulasso, l’enseignant-chercheur Boulkindi Couldiati, spécialiste de littérature francophone, a présenté le 1er mai un ouvrage qui reconstitue cinquante ans d’histoire du Grand Prix national des arts et des lettres (GPNAL), section Littérature. Fruit de 16 ans de recherche, son livre retrace la mémoire d’une institution « en partie oubliée », interroge le sort des manuscrits primés et lance un appel pressant à repenser la politique du livre et la place de la lecture au Burkina Faso.
Les acteurs, les auteurs, les œuvres et les thèmes du GPNAL sont retracés au travers d’un travail de recherche rigoureux. L’auteur, très pointu dans ses analyses, soulève des questions qui méritent réflexion, et cet ouvrage en est une preuve palpable. Il y retrace l’historique du Grand Prix des arts et des lettres, né bien avant son intégration comme activité au sein de la biennale culturelle qu’est la Semaine nationale de la culture (SNC). Dans un travail scientifique conduit avec rigueur, l’auteur s’est montré patient depuis 2009 afin de livrer un ouvrage approfondi. Il s’articule autour de trois axes : l’histoire et les acteurs du prix, le devenir des manuscrits primés — marqué par un faible taux d’édition — et les grands thèmes traversant cinquante ans de textes (environnement, crises politiques, pauvreté, spiritualité, terrorisme).

« C’est un ouvrage qui reconstitue la mémoire du GPNAL, qui est en partie oubliée, dans la mesure où beaucoup situent sa création en 1983 avec la Semaine nationale de la culture, alors même que l’institution a été créée en Conseil des ministres, avec un décret signé le 5 septembre 1974 », déclare Boulkindi Couldiati.
Un retour aux sources — le GPNAL, antérieur à la SNC
Au-delà de la littérature, c’est cinquante ans d’histoire qui sont retracés dans cet ouvrage. L’auteur a souhaité, dans un travail critique, remonter à l’origine du GPNAL, antérieure à la SNC. Pour ce faire, il est allé à la rencontre du ministre de l’époque, Tiemtarboum, et de son secrétaire général, M. Kaboré, par qui les GPNAL ont été lancés le 5 septembre 1974 par décret. Ces travaux de recherche l’ont conduit à retracer cinquante ans de littérature à travers le prisme du GPNAL. À l’occasion de la SNC, le prix de l’ouvrage est fixé à 5 000 FCFA ; hors SNC, il est proposé à 12 000 FCFA.
Cet essai de 271 pages se présente comme la première grande réflexion organique sur le GPNAL, section Lettres. Le GPNAL constitue la tribune de la plus grande production littéraire au Burkina Faso et demeure pleinement d’actualité. Véritable tribune de révélation des auteurs et de leurs œuvres, ce concours focalise beaucoup d’attention et regroupe un grand nombre d’acteurs. La SNC, née en 1983, a fusionné avec le GPNAL pour donner davantage de substance à la biennale culturelle, et c’est ce motif qui a conduit l’auteur à retracer l’historique du concours. Il en a profité pour cartographier les thématiques qui ont évolué d’année en année. « De la crise de sécheresse des années 1970, on a évolué dans la thématique pour parler, dans les œuvres, de l’extrémisme violent », résume-t-il. En somme, c’est un pan entier de l’histoire du Burkina qui est retracé dans cet ouvrage.
Des dysfonctionnements à corriger — l’appel à une politique éditoriale ambitieuse
L’auteur évoque plusieurs dysfonctionnements qui fragilisent la filière au sein du GPNAL : le faible taux d’édition — seulement 162 ouvrages publiés sur plus de 360 primés —, les inscriptions limitées aux seules villes de Ouagadougou et Bobo-Dioulasso, et le montant de la prime, fixé à 750 000 FCFA pour la section Lettres, bien en deçà de celui d’autres sections qui atteignent le million. Toutes ces critiques sont documentées dans l’ouvrage.
L’auteur plaide pour une meilleure politique éditoriale autour du GPNAL et propose d’en faire une véritable maison d’édition. « J’invite l’État à transformer le GPNAL en une maison d’édition de grand renom, qui pourrait publier des manuscrits venus même d’ailleurs et absorber tous ceux qui dorment dans les tiroirs », déclare le Dr Couldiati. Une invitation à lire a par ailleurs été lancée sur place. « Il y a des trésors dans les livres », a souligné Mme Fatimata Nombré, enseignante-chercheuse au département de Lettres modernes de l’Université Joseph Ki-Zerbo.

Un point de départ, pas un aboutissement
Ouvrage de 271 pages, ce travail de longue haleine met en lumière une démarche scientifique visant à reconstituer la mémoire du GPNAL, à corriger la date de sa création et à montrer qu’il est une institution centrale mais sous-valorisée de la vie littéraire burkinabè. Il s’achève sur l’étude des thèmes abordés de 1974 à 2024, soit cinquante ans de pratiques littéraires.Sawadogo Ben, étudiant en Master 1 (parcours Management culturel), voit en l’ouvrage du Dr Couldiati une œuvre de mémoire et d’analyse scientifique indispensable. « C’est un ouvrage historique, un ouvrage de mémoire, une tribune qui donne de la visibilité à tous ces écrivains qui, malgré un travail impeccable, sont souvent restés inaperçus du grand public. Avec cet ouvrage, le Dr Couldiati vient mettre en lumière ces talents à travers les disciplines de la nouvelle, du théâtre et du roman », déclare-t-il.

Loin de considérer son livre comme un aboutissement, Boulkindi Couldiati le présente comme un point de départ. « J’invite les chercheurs et les étudiants à construire du savoir à partir de ce savoir-là », affirme-t-il, souhaitant que son panorama du GPNAL suscite de nouvelles recherches, des nuancements, voire des remises en question de certaines données. À la SNC 2026, où le GPNAL reste l’un des moments forts de la biennale culturelle, ce livre arrive comme une invitation à regarder derrière le spectacle pour interroger la mémoire, les textes et les politiques qui structurent, en profondeur, la vie littéraire nationale.

Pierre Ouédraogo
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