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Née au Sénégal en 1969, passée par Paris, entrée à George Washington University, 12 ans chez Intel comme Chief Strategy Officer, puis PDG de Zoox — qu’elle a conduit à une acquisition par Amazon à 1,3 milliard de dollars en 2020. Première femme sénégalo-américaine CEO d’une entreprise de véhicules autonomes, Forbes 50 Over 50, TED Talk mondiale : Aïcha Evans est l’une des femmes africaines les plus influentes de l’histoire de la tech mondiale.
Digital Magazine Burkina tourne son regard vers l’une des figures africaines les plus fascinantes et les plus accomplies de la technologie mondiale. Son histoire n’est pas celle d’une dirigeante africaine qui a réussi en Afrique — c’est celle d’une femme née à Dakar qui a conquis la Silicon Valley, le cœur névralgique de l’innovation mondiale, et y a laissé une empreinte indélébile. Elle s’appelle Aïcha Evans, née Aïchatou Sar Evans. Elle est la PDG de Zoox, la filiale de véhicules autonomes d’Amazon, qu’elle a conduite à une acquisition historique de 1,3 milliard de dollars. Elle est la première femme sénégalaise à diriger une entreprise de véhicules autonomes dans la Silicon Valley. Et elle est, pour toute une génération de jeunes filles africaines, la preuve vivante que l’horizon n’a pas de limite.
Dakar, Paris, Washington D.C. : les racines d’une technologiste née pour innover
L’histoire d’Aïcha Evans commence à Dakar en 1969, dans une famille où la technologie est présente dès le foyer. Son père travaille dans les télécommunications et lui transmet très tôt une vision du monde à travers le prisme de l’ingénierie. Sa mère, elle, lui insuffle une leçon qui guidera toute sa carrière : « La technologie est faite pour les gens, créée en service des gens et développée par des gens. » Ces deux influences fondatrices — la rigueur technique du père et l’humanisme de la mère — dessineront la philosophie d’une femme qui ne concevra jamais l’innovation autrement qu’au service de l’impact sociétal.
Enfant, elle rêve d’être pilote de chasse. Puis, entre Dakar et Paris où sa famille s’installe, elle tombe amoureuse des mathématiques, des sciences, mais aussi de la philosophie et des humanités. « Je démontais tout ce qui m’intéressait pour comprendre comment ça fonctionnait, puis je remettais les pièces en place », se souvient-elle. Cette curiosité dévorante et ce rapport viscéral aux objets techniques finissent par lui tracer une voie évidente : l’informatique.
Elle s’envole pour les États-Unis et intègre The George Washington University à Washington D.C., où elle décroche en 1996 un Bachelor en Computer Engineering. Un diplôme qui lance une carrière sans pareille — à travers Rockwell Semiconductor, Conexant et Skyworks Solutions — avant qu’elle ne rejoigne, en 2006, le géant mondial des semi-conducteurs : Intel Corporation.
Intel, 12 ans au sommet : Chief Strategy Officer d’un empire mondial
De 2006 à 2018, Aïcha Evans gravit les échelons d’Intel Corporation avec une régularité qui force l’admiration. En douze ans, elle passe de manager d’intégration logicielle à Senior Vice-Présidente et Chief Strategy Officer — le numéro deux stratégique de l’une des entreprises technologiques les plus puissantes de la planète, avec plus de 8 000 personnes sous sa responsabilité directe. À ce titre, elle est l’architecte de la transformation d’Intel d’une entreprise centrée sur le PC vers une organisation centrée sur la data — un pivot stratégique d’une ampleur considérable dans un secteur en mutation permanente.
Elle pilote le développement des technologies de connectivité les plus stratégiques de l’époque : transceivers RF, modems LTE et 5G, Wi-Fi, Wi-Gig, GPS, Bluetooth — autant de briques fondamentales sur lesquelles repose aujourd’hui notre monde connecté. Quand elle quitte Intel, elle a 49 ans, 8 000 collaborateurs dans son organigramme, et une seule conviction : sa prochaine aventure devra servir les gens à l’échelle de milliards. C’est à cette condition qu’elle acceptera de rebondir.

Zoox et Amazon : 1,3 milliard de dollars pour une voiture sans volant
En février 2019, Aïcha Evans rejoint Zoox comme PDG — première femme et premier CEO non-fondateur de cette startup californienne spécialisée dans les véhicules autonomes. La mission de Zoox est aussi audacieuse qu’elle est complexe : concevoir un véhicule entièrement autonome, symétrique, sans volant ni pédales, capable de circuler dans les deux sens, embarquant jusqu’à quatre passagers dans un confort inédit — une sorte de salon sur roues géré depuis une application mobile.
En juin 2020, à peine dix-huit mois après avoir pris les rênes de l’entreprise, elle orchestre l’un des deals les plus retentissants de l’année dans la tech mondiale : l’acquisition de Zoox par Amazon pour 1,3 milliard de dollars. Une transaction que les analystes attribuent en grande partie à la stratégie de couverture brevets agressive qu’Aïcha Evans avait déployée dans le secteur de la mobilité — une décision visionnaire qui avait rendu Zoox irrésistible aux yeux d’Amazon. Elle reste PDG de l’entreprise post-acquisition, continuant de diriger Zoox comme une filiale autonome au sein de l’organisation Amazon Devices & Services.
Sa philosophie de développement tranche avec celle de ses concurrents : là où d’autres ont précipité la mise sur le marché avec des résultats parfois catastrophiques, Aïcha Evans assume publiquement sa lenteur délibérée. « Notre produit est une technologie critique pour la sécurité. Cela prendra un peu plus longtemps que certains le voudraient — mais il en sera toujours ainsi avec les technologies de rupture. » Le déploiement commercial de Zoox, ciblant Las Vegas en priorité, s’approche à pas sûrs.
Forbes 50 Over 50, TED Talk, Anita Borg, SAP : une icône mondiale multidimensionnelle
Les distinctions internationales jalonnent le parcours d’Aïcha Evans comme autant de confirmations de son influence. En 2019, Business Insider la classe parmi ses 100 People Transforming Business dans la catégorie Transport. En 2020, Automotive News la désigne Leading Woman in the Automotive Industry. En 2021, Forbes l’intègre à l’inaugural 50 Over 50 — distinguant des leaders ayant accompli l’essentiel de leur impact après l’âge de 50 ans. En 2022, George Washington University lui décerne son Distinguished Alumni Award. En 2024, elle remporte le Chief’s New Era of Leadership Award pour l’innovation.
En novembre 2021, elle livre un TED Talk mondial intitulé « Your self-driving robotaxi is almost here » — une conférence qui fait le tour du monde et lui vaut une notoriété grand public dépassant largement le cercle des professionnels de la tech. Au-delà de ses mandats exécutifs, elle est administratrice de l’Anita Borg Institute for Women & Technology — l’organisation de référence mondiale pour la promotion des femmes dans l’informatique — et membre du conseil de surveillance de SAP, l’un des plus grands éditeurs de logiciels d’entreprise au monde.
Marie Curie, le Sénégal et une leçon pour l’Afrique entière
Ce qui rend Aïcha Evans si précieuse pour le continent africain, au-delà de ses réalisations professionnelles vertigineuses, c’est son rapport constant et revendiqué à ses racines. Elle cite régulièrement Marie Curie comme son idole d’enfance — la scientifique polonaise qui a refusé de laisser son genre et ses origines définir les limites de son ambition. Elle remercie publiquement son père de lui avoir ouvert les yeux sur la technologie et son pays natal pour avoir forgé en elle ce sens profond du collectif et de l’impact.
Son message aux jeunes filles africaines est limpide, direct et débarrassé de toute condescendance : « Prenez les chemins les moins empruntés — les emplois, les missions, les projets dont les autres fuient. Ce sont ces opportunités d’apprendre les leçons les plus importantes, d’avoir un impact réel et de grandir d’une façon que vous n’auriez jamais imaginée. » Elle est la preuve vivante que cette philosophie fonctionne — qu’une petite fille de Dakar qui démontait les objets pour comprendre leur fonctionnement peut, cinquante ans plus tard, redéfinir l’avenir de la mobilité urbaine mondiale depuis Foster City, Californie.
Digital Magazine Burkina lui rend hommage
Aïcha Evans n’est pas seulement une success story africaine à l’américaine. Elle est une démonstration de ce que l’Afrique produit quand elle forme, inspire et libère ses filles. Née à Dakar, formée entre Paris et Washington, épanouie dans la Silicon Valley, reconnue dans le monde entier — elle porte en elle toutes les contradictions fertiles d’une diaspora africaine qui refuse de choisir entre son identité et son ambition. En ce mois de mars, Digital Magazine Burkina lui rend un hommage admiratif et rappelle à chaque jeune fille africaine : il n’y a pas de plafond. Il n’y a que des voitures sans volant qui, un jour, vous emmèneront plus loin que vous ne l’aviez imaginé.
— Digital Magazine Burkina | Mars 2026
Pierre Ouédraogo
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