Streaming musical : Combien rapportent les streams aux artistes africains ? Les revenus du streaming expliqués. Comprendre pourquoi les artistes africains ne touchent pas tous le même montant

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L’industrie du divertissement dont la musique n’a pas échappé à la digitalisation. L’on est passé d’une période où le mélomane était “propriétaire de la musique” qu’il achète sur un vinyle, une cassette ou un CD à une ère où il doit “louer” un service en ligne pour écouter la musique; le streaming. À l’ère du streaming, une chanson peut être écoutée partout dans le monde en quelques secondes. Pourtant, chaque écoute ne rapporte pas la même somme à l’artiste. En Afrique comme ailleurs, les revenus dépendent du pays où l’écoute est réalisée, du type d’abonnement, de la plateforme utilisée et des accords signés avec un label, un distributeur ou un éditeur.

Il n’existe donc pas de tarif universel par stream. Le montant versé correspond à une part des revenus générés par les abonnements et la publicité, avant d’être réparti entre les différents ayants droit ; l’artiste lui-même et les autres acteurs qui ont contribué à la production et à la distribution de l’oeuvre.

Avant d’aller en détail sur le sujet, il est important de souligner le débat légitime des artistes et créateurs africains sur la monétisation de leurs contenus sur les différentes plateformes de streaming. Davy Lessouga l’illustre mieux avec cet exemple très parlant. Dans une interview accordée à CIO Mag, il explique que « au Sénégal, seul pays francophone d’Afrique subsaharienne à bénéficier de la monétisation YouTube, plus de 10 millions de vues ont généré à peine 971 € pour le vidéogramme du titre ‘’Coup du marteau’’ . Autrement dit, la chanson “Coup de marteau” de Tam Sir qui a vibré la CAN 2023, animé les discothèques et les challenges TikTok, enflammé les compteurs de vues sur les plateformes de streaming n’a généré à peine que 636.616 FCFA (conversion à partie de 1€ = 655,957FCFA).

Comment l’argent du streaming arrive jusqu’à l’artiste

Le circuit de rémunération est relativement simple, mais il implique plusieurs intermédiaires. Les plateformes comme Spotify, Apple Music, Amazon Music ou YouTube collectent les revenus issus des abonnements et de la publicité. Elles reversent ensuite une partie de ces recettes aux ayants droit : labels, distributeurs, éditeurs et, selon les cas, artistes eux-mêmes.

L’artiste reçoit ensuite la part prévue par son contrat. Cette répartition peut considérablement varier. Un musicien signé auprès d’un label peut bénéficier d’un accompagnement en matière de production, de promotion et de distribution, mais il doit généralement partager ses recettes. À l’inverse, un artiste indépendant qui distribue directement sa musique peut conserver une part plus importante des revenus, à condition de financer lui-même la promotion, les clips et la mise en ligne de ses titres.

Pourquoi une écoute en Afrique rapporte souvent moins

Les revenus générés par une écoute dépendent largement du marché concerné. Dans les pays où les abonnements sont moins chers ou dans lesquels les utilisateurs recourent davantage à des offres gratuites financées par la publicité, la valeur moyenne d’un stream est généralement plus faible.

D’après une estimation spécialisée, un million d’écoutes sur Spotify pourrait rapporter entre 800 et 1 450 dollars dans plusieurs pays africains, contre environ 3 500 dollars aux États-Unis. Ces montants sont indicatifs : ils ne constituent ni un barème officiel ni une garantie de revenu pour les artistes.

Cette différence s’explique notamment par le prix des abonnements, le niveau des recettes publicitaires et le pouvoir d’achat des marchés. Deux artistes totalisant le même nombre d’écoutes peuvent ainsi percevoir des revenus très différents selon l’origine géographique de leur audience.

Spotify, Apple Music, Amazon Music : des écarts entre les plateformes

La plateforme utilisée joue également un rôle important. Des estimations publiées pour le Nigeria indiquent que les revenus par millier d’écoutes peuvent être plus élevés sur Apple Music ou Amazon Music que sur Spotify. Ces comparaisons doivent toutefois être interprétées avec prudence. Les revenus varient selon la méthode de calcul, la part des écoutes provenant d’abonnements payants ou de la publicité, les périodes observées et les contrats conclus entre les artistes et leurs partenaires. Les chiffres disponibles permettent de dégager des tendances, mais ils ne permettent pas de prédire avec précision le montant qui sera effectivement versé à un artiste.

YouTube, une source de revenus mais aussi un outil de développement

YouTube constitue un autre canal important de monétisation pour les artistes. Les revenus proviennent principalement des publicités diffusées sur les contenus éligibles. L’accès à la monétisation dépend toutefois des règles de la plateforme et de la disponibilité du programme dans le pays concerné.

Au Sénégal, des artistes monétisent leurs chaînes depuis l’intégration du pays au YouTube Partner Program en 2013. Selon le producteur Merou Dieng, la valeur des streams y serait néanmoins cinq à dix fois inférieure à celle observée en Europe.

Le rappeur sénégalais Dip Doundou Guiss a déclaré avoir généré environ 40 000 euros grâce à la monétisation YouTube depuis 2019. Il a toutefois expliqué que cette somme ne suffisait pas à financer l’ensemble de sa carrière. Les données fournies par la plateforme lui ont néanmoins permis de mieux connaître son public, de négocier des partenariats et de préparer ses concerts. L’expert Camerounais en transformation digitale des industries culturelles et en économie de la musique note d’ailleurs que « La numérisation, loin d’être une simple évolution technologique, constitue une mutation profonde des paradigmes économiques établis, créant de nouvelles sources de revenus pour les artistes… ».

Une forte audience ne garantit pas des revenus élevés

Le streaming apporte une visibilité internationale et permet aux artistes d’accéder à des données précieuses : pays d’écoute, âge du public, titres les plus populaires ou évolution de la demande. Mais le succès en ligne ne se traduit pas automatiquement par des revenus importants. La répartition actuelle peut aussi favoriser les artistes qui concentrent déjà une grande partie des écoutes. Avant que l’argent ne parvienne au créateur, plusieurs acteurs peuvent prélever leur part : label, distributeur, éditeur ou autres ayants droit. Le montant finalement perçu par l’artiste peut donc être nettement inférieur à la valeur générée par ses streams.

Les concerts restent essentiels pour les artistes africains

Pour cette raison, le streaming constitue rarement l’unique source de revenus. De nombreux artistes complètent leurs recettes par les concerts, les prestations privées, les partenariats avec des marques, les droits d’auteur et la vente de produits dérivés. Le streaming joue ainsi un double rôle. Il représente une source de revenus directe, mais aussi un outil de promotion et de développement commercial. Une audience importante peut faciliter la négociation d’un contrat publicitaire, augmenter la fréquentation des concerts ou attirer de nouveaux partenaires.

À retenir

  • Il n’existe pas de prix fixe par stream.
  • Le revenu dépend du pays de l’auditeur, de la plateforme et du type d’écoute.
  • Les abonnements et les marchés publicitaires moins valorisés génèrent généralement moins de revenus.
  • Les labels, distributeurs et éditeurs peuvent prélever leur part avant le paiement de l’artiste.
  • YouTube peut rémunérer les créateurs, mais les montants varient fortement selon les pays.
  • Pour beaucoup d’artistes africains, les concerts, les partenariats et les droits d’auteur restent indispensables.

En définitive, le streaming a changé la manière dont les artistes africains se font connaître et développent leur carrière, mais il n’a pas supprimé les inégalités de revenus entre les marchés. Le nombre d’écoutes est important, mais leur origine et les contrats qui encadrent leur exploitation le sont tout autant.

A lire aussi : Point de vue : les artistes devraient plus promouvoir les écoutes sur les plateformes de streaming musical que YouTube

Pierre Ouedraogo


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