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95 candidatures, un invité d’honneur (le Rwanda), une foire 100 % virtuelle du 17 au 24 octobre ; et une question-piège : « Quel problème du Burkina votre solution permet-elle de résoudre ? » Entre inclusion, souveraineté et innovation, la deuxième édition de Lefaso Digital veut trier ce qui séduit de ce qui sert. Tour d’horizon des terrains où le numérique peut réellement changer le quotidien ; et des conditions pour qu’il le fasse.
L’événement : une foire virtuelle qui monte en puissance
Présentée le 17 septembre à Ouagadougou, la deuxième édition de Lefaso Digital ; la foire virtuelle des solutions digitales portée par LeFaso.net, pionnier du numérique burkinabè ; se tiendra du 17 au 24 octobre 2026, sous le thème « Inclusion, souveraineté, innovation : vers un Burkina digital pour tous ». La grande nouveauté est déjà un succès : le Concours national d’innovation digitale avait enregistré 95 candidatures au 16 septembre, et l’appel à projets reste ouvert jusqu’au 30 septembre.
Derrière le concours, trois ambitions structurent l’édition à savoir, inclusion, souveraineté, innovation ; et une méthode : « Nous voulons poser une question très simple à tous les innovateurs : quel problème du Burkina votre solution permet-elle de résoudre ? C’est peut-être, finalement, l’une des questions essentielles de Lefaso Digital 2026 », assume le patron de l’organisation, Dr Cyriac PARE. Des institutions se sont engagées aux côtés des organisateurs pour primer les lauréats : l’ARCEP, Moov Burkina et l’ANPFI (finance inclusive), signe que l’écosystème régulateur, opérateur et financier s’installe dans la durée.

Le format virtuel : la démonstration par l’exemple
Le choix du « tout-virtuel » n’est pas un pis-aller : c’est la première démonstration de la foire. Stands numériques interactifs, vidéos, documents et services accessibles « avec un téléphone ou un ordinateur connecté à Internet », depuis Ouagadougou, Bobo-Dioulasso, Fada N’Gourma, Kaya, Po ou l’étranger. Réduire les coûts de déplacement, élargir la visibilité, rapprocher des acteurs qui ne se seraient jamais rencontrés physiquement : la formule illustre exactement ce que le numérique peut faire pour l’inclusion.
Le précédent invite à l’optimisme mesuré : la première édition (18-25 octobre 2025) avait réuni 34 porteurs de projets autour de solutions aussi diverses que la préparation aux examens par QCM interactifs ou l’inclusion numérique des non-voyants, avant de remettre en décembre ses chèques à trois lauréats du Prix de l’Innovation. Elle avait « montré la diversité des solutions digitales existantes pour accompagner la résilience du Burkina dans un contexte sécuritaire, humanitaire et économique difficile ». Passer de 34 projets à 95 candidatures en un an : la dynamique est réelle ; reste à la convertir en services durables.
Le test du terrain : agriculture, santé, éducation
La pertinence d’un projet numérique « se mesure à sa capacité à être utilisé, compris, financé et maintenu dans la durée ». Trois terrains concentrent les attentes. En agriculture, les besoins sont documentés : météo fiable, prix des marchés, accès aux intrants, maladies des cultures, débouchés. La solution utile permettrait à un producteur de comparer les prix avant de vendre, de connecter coopératives et acheteurs, de diffuser des conseils en langues locales. Mais le garde-fou est technique : une appli pensée pour un smartphone récent et une connexion stable n’est pas inclusive ; la question-test des organisateurs devient : votre solution peut-elle être utilisée dans une commune rurale, par un producteur pas toujours connecté ?
En santé, les pistes sont concrètes ; rendez-vous, rappels de vaccination, suivi de grossesse, téléconseil, dossiers médicaux ; avec une exigence particulière : la protection des données personnelles. « Une solution qui facilite l’accès aux soins mais expose les données sensibles des patients crée un nouveau risque au lieu de résoudre un problème ». En éducation, la hiérarchie des outils est claire : pour un élève éloigné des centres urbains, une plateforme légère utilisable hors connexion vaut mieux qu’un outil sophistiqué gourmand en débit ; les contenus doivent coller aux programmes, aux langues et aux niveaux de connexion.
Services publics et paiement digital : gagner du temps sans exclure
La digitalisation de l’administration est l’autre terrain d’attente. L’intérêt citoyen est concret : éviter des déplacements coûteux, raccourcir les délais, limiter les files d’attente, suivre son dossier. Mais l’avertissement des organisateurs mérite d’être médité : une plateforme publique n’a de valeur que si elle est « fiable, compréhensible, sécurisée et accessible » ; et la transformation numérique ne doit pas « créer une nouvelle exclusion entre les citoyens connectés et ceux qui le sont peu ou pas ». D’où la règle proposée : toute innovation administrative doit conserver « une porte d’entrée humaine ; un guichet, un point d’assistance, un agent ».
Même exigence de double visage pour le paiement digital : les usages progressent (transferts, commerce en ligne, paiement de services), et les opportunités sont réelles ; gestion de petites entreprises, épargne, crédit, facturation. Mais la finance digitale doit « aller de pair avec la sécurité » : faux messages, usurpations de comptes, vols de codes et faux concours prospèrent précisément sur les nouveaux usagers. Le sujet n’est pas théorique au Burkina : la BCLCC compte ses milliers de plaintes d’escroquerie, et l’actualité récente ; studio multimédia de la brigade, formations IA des Secrétaires généraux ; dessine une même saison numérique, où l’État et ses partenaires installent compétences et garde-fous au même rythme que les usages.
Cybersécurité : la condition de confiance
C’est le fil rouge de l’édition : « sans confiance, les citoyens hésiteront à adopter les nouveaux services ». Paiement, éducation, service public, santé : aucune plateforme ne peut durer si ses données sont vulnérables. Les projets dédiés à la cybersécurité, à la vérification de l’information, à la sensibilisation des internautes et à la protection des données devraient donc occuper « une place stratégique ». Le programme 2025 en avait posé les jalons ; webinaires sur l’IA et les données personnelles, résilience numérique des non-voyants, équation « productivité maximum + risque zéro » des LLM ;, et l’édition 2026 annonce la cybersécurité parmi ses thématiques majeures.
De l’idée au marché : le Rwanda en miroir, pas en modèle
La dernière ligne droite de la foire est la plus difficile : transformer un concours en écosystème. « Le principal défi n’est pas toujours de concevoir une idée, mais de la transformer en solution durable » : premiers utilisateurs, compréhension des besoins, partenaires, maintenance, modèle économique viable. Les conférences, masterclasses et rencontres d’affaires programmées visent précisément ce saut.
Quant au Rwanda, invité d’honneur, son rôle est fixé : alimenter les échanges sur les politiques publiques numériques et les mécanismes de soutien ; sans copie mécanique. « L’enjeu n’est pas de reproduire un modèle extérieur », mais d’identifier les pratiques adaptables : accompagnement des startups, accès au financement, commande publique numérique, formation des jeunes, connectivité, sécurité des données. L’ambition finale de l’édition tient en une phrase : faire de la foire « un espace de tri entre les projets simplement séduisants et les innovations réellement utiles ». Le numérique burkinabè gagnera en crédibilité « lorsque les solutions proposées permettront, de façon mesurable, de gagner du temps, d’économiser de l’argent, d’améliorer un service ou de renforcer l’autonomie des populations ». Rendez-vous est pris du 17 au 24 octobre ; et d’ici là, jusqu’au 30 septembre, les candidatures sont ouvertes.
Pierre Ouedraogo
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