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En marge de la 22e édition de la Semaine nationale de la culture à Bobo-Dioulasso, l’Association Burkinabè des Domaines Internet (ABDI) a organisé un panel sur le thème « Innovations numériques et transmission des valeurs sociales ». Deux experts ont livré une réflexion dense sur les conditions d’un numérique qui préserve l’identité culturelle du Burkina Faso, renforce la souveraineté nationale et implique activement la jeunesse.

À l’heure où les réseaux sociaux redessinent les contours de nos échanges, la question n’est plus de savoir si le numérique transforme nos sociétés, mais bien à quelles conditions cette transformation peut rester au service de nos valeurs. C’est précisément à cette interrogation que l’ABDI, fondée en 2018 et engagée dans la promotion du nom de domaine national .pointBF, a invité experts et étudiants à réfléchir lors d’un panel organisé en marge de la SNC 2026 à Bobo-Dioulasso.
Izaï TOÉ, Directeur Exécutif de l’ABDI qui a introduit le panel, a rappelé les missions de la structure qu’il représente, qui est de promouvoir l’adoption du nom de domaine national .BF. « Au-delà d’une simple adresse technique, promouvoir l’adoption du nom de domaine national .bf est un acte de patriotisme technologique qui place chaque acteur au cœur de notre souveraineté numérique” a déclaré M. TOE.
La modération a été assurée par Hermann Ouédraogo, ingénieur informatique et consultant à l’ABDI. Deux intervenants ont nourri les échanges : le Dr Karim Karambiri, enseignant à l’Université Virtuelle du Burkina Faso (UV-BF) et spécialiste des systèmes d’information, et Édouard Bouda, doctorant à l’Université Norbert Zongo et chargé de mission à l’ABDI.

« Le numérique transforme profondément nos modes de vie, nos modes de consommation. Il représente aussi une opportunité majeure en faveur de l’innovation et de l’inclusion… mais ça suppose aussi des défis de contrôle et de sécurité. » — Dr Karim Karambiri
Souveraineté numérique : le défi des infrastructures locales
Le panel a d’abord mis en lumière un paradoxe fondamental : si les outils numériques et l’intelligence artificielle peuvent effectivement valoriser les contenus culturels burkinabè — langues locales, patrimoine immatériel, savoirs endogènes —, cette valorisation reste fragile tant que les serveurs hébergeant ces contenus demeurent localisés hors du territoire national.
Pour le Dr Karambiri, la réponse passe impérativement par le développement d’infrastructures numériques locales. « Sans cela, la plus-value de nos contenus culturels restera captée par des acteurs étrangers », a-t-il averti, plaidant pour un internet local robuste comme levier stratégique de souveraineté.Dans ce contexte, le rôle du nom de domaine national .BF apparaît central. Édouard Bouda a proposé une mesure concrète : contraindre les grandes firmes numériques opérant au Burkina Faso à utiliser ce domaine pour asseoir une présence véritablement ancrée sur le territoire. Il a également appelé à une transition des administrations publiques vers des outils de communication conventionnels et souverains, soulignant que les serveurs de plateformes comme WhatsApp ne sont pas hébergés au Burkina Faso.
La jeunesse : réceptrice ou actrice de la transmission culturelle ?
La question de la jeunesse a constitué un fil directeur du panel. Les deux intervenants s’accordent sur un constat : les jeunes Burkinabè ne sont plus seulement des consommateurs passifs de contenus numériques. Ils en sont désormais des producteurs actifs influenceurs, créateurs, diffuseurs et peuvent, à ce titre, devenir de puissants relais de transmission culturelle intergénérationnelle.
Encore faut-il les conscientiser et les outiller. « Si on ne sait pas d’où on vient, on ne saura jamais où on va », a rappelé le Dr Karambiri, citant ce proverbe pour souligner la nécessité de reconnecter les générations non pas par l’outil technologique, mais par le sens qu’on lui donne.
Édouard Bouda a formulé une proposition concrète : la création de clubs numériques éducatifs au sein des centres de formation, des instituts et des établissements d’enseignement supérieur. Des espaces où les jeunes pourraient s’approprier le numérique comme vecteur de savoir-faire, d’innovation et de préservation des valeurs culturelles — à l’image de modèles existants à l’international, notamment le modèle chinois évoqué lors du panel.
« Les jeunes pourraient être des agents relais si véritablement nous travaillons davantage à conscientiser cette jeunesse. » — Édouard Bouda, doctorant et chargé de mission à l’ABDI
De la consommation passive à une culture numérique productive
Au-delà des infrastructures et de la jeunesse, c’est une véritable mutation des pratiques numériques que les panélistes ont appelé de leurs vœux. Face à une consommation encore trop récréative et passive du numérique le divertissement à outrance, ils ont plaidé pour l’émergence d’une culture numérique productive, éducative et porteuse d’identité.
Cette transition suppose, selon eux, que le Burkina Faso cesse de se penser uniquement comme un marché pour les géants étrangers du numérique, pour s’affirmer comme un acteur capable de raconter sa propre histoire, dans ses propres langues, sur ses propres plateformes. Un défi qui engage autant les décideurs politiques que les acteurs de la société civile numérique comme l’ABDI.
Pierre Ouedraogo
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