Femmes du Numérique et de la Tech – Burkina Faso – Farida Ouédraogo/Rouamba : L’ingénieure en IA qui veut mettre l’intelligence artificielle à la portée des Burkinabè

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Ingénieure en intelligence artificielle, entrepreneure digitale et visage émergent de la scène tech burkinabè, Farida Ouédraogo/Rouamba défend une vision simple et ambitieuse : faire de l’IA un outil concret pour l’éducation, l’emploi des jeunes et l’émancipation des femmes.

Dans la constellation des femmes qui font bouger le numérique en Afrique de l’Ouest, certaines travaillent sur les systèmes d’information de l’État, d’autres sur la fintech ou l’agribusiness. Farida Ouédraogo/Rouamba, elle, a choisi le front encore plus récent de l’intelligence artificielle, à un moment où cette technologie bouleverse les métiers, les modèles économiques et les rapports au savoir.

Entre interventions publiques, engagement associatif avec Femmes TIC Burkina Faso et projets entrepreneuriaux dans la formation et les services IA, elle trace la voie d’une IA burkinabè pensée d’abord comme un levier d’opportunités, et pas seulement comme un buzzword réservé aux grandes capitales technologiques.

Crédit photo : Compte Facebook Farida Ouédraogo/Rouamba

De la passion pour les sciences à l’ingénierie de l’intelligence artificielle

Farida Ouédraogo/Rouamba appartient à cette génération de jeunes Burkinabè pour qui les mathématiques, la programmation et les technologies ne sont plus des territoires interdits, surtout pour les filles. Formée dans les filières scientifiques et techniques à Ouagadougou, elle se spécialise progressivement en intelligence artificielle, au sein d’un écosystème académique qui se structure autour de nouveaux programmes dédiés aux data sciences et à l’IA.Au sein du Centre d’excellence interdisciplinaire en intelligence artificielle et d’instituts comme l’ISGE BF, elle participe à cette première vague de talents qui maîtrisent les fondements des algorithmes, de l’apprentissage automatique et de l’analyse de données, tout en restant ancrés dans les réalités sociales et économiques du Burkina Faso. Cette double culture – rigueur scientifique et connaissance du terrain – fait d’elle une interlocutrice naturelle lorsqu’il s’agit d’expliquer, devant des publics variés, ce que l’IA peut réellement apporter aux citoyens.

Crédit photo : Compte Facebook Farida Ouédraogo/Rouamba

Une entrepreneure digitale tournée vers la formation et les nouveaux métiers

Au‑delà des salles de cours, Farida Ouédraogo/Rouamba se positionne comme entrepreneure digitale, en travaillant sur des projets qui articulent IA, éducation et employabilité. Son message est constant : l’IA ne doit pas être perçue uniquement comme une menace pour l’emploi, mais comme une source de nouveaux métiers accessibles aux jeunes Burkinabè à condition qu’ils soient formés et accompagnés.

Lors du Forum Smart’Elle 2025, organisé dans le cadre de la Semaine du Numérique, elle montre concrètement comment l’intelligence artificielle ouvre des portes aux femmes : accès facilité aux plateformes de formation en lignecomme Coursera, émergence de profils de data analyst, d’ingénieure de prompts, de développeuse IA, ou encore amélioration de la productivité dans les activités de services, de communication ou d’entrepreneuriat individuel. En filigrane, elle plaide pour une appropriation proactive de ces outils : plutôt que de subir les transformations, les jeunes et les femmes doivent apprendre à dialoguer avec l’IA, à la configurer, à la critiquer et à la mettre au service de leurs propres projets.

Une voix engagée au sein de Femmes TIC Burkina Faso

Farida Ouédraogo/Rouamba ne se contente pas de parler d’IA dans des colloques techniques ; elle s’engage aussi dans les espaces où se joue la démocratisation du numérique. Elle est ainsi très présente dans les activités de Femmes TIC Burkina Faso, un réseau qui œuvre à la visibilité et à la montée en compétences des femmes dans le secteur des technologies de l’information.

À travers ce collectif, elle contribue à vulgariser les enjeux de l’IA auprès d’un public féminin souvent éloigné des filières scientifiques : entrepreneures, étudiantes, professionnelles de secteurs non techniques qui utilisent déjà des outils numériques sans toujours en comprendre les logiques sous‑jacentes.

Son discours insiste sur deux points clés : la question des données – « sans données, pas d’IA » – et la nécessité de s’assurer que les femmes soient présentes à toutes les étapes, de la collecte à la conception des modèles, pour éviter de reproduire des biais et des inégalités déjà bien ancrés dans nos sociétés.Lorsque Femmes TIC Burkina Faso célèbre des événements comme la Fête de l’Indépendance ou des Journées des femmes du numérique, Farida apparaît parmi celles qui incarnent cette nouvelle génération de rôle models féminins dans l’IA, capables de dialoguer à la fois avec les communautés techniques, les décideurs publics et les jeunes filles des lycées.

Crédit photo : Compte Facebook Farida Ouédraogo/Rouamba

Une pédagogie de l’IA « utile » pour le Burkina Faso

Dans ses interventions, Farida Ouédraogo/Rouamba préfère parler d’IA utile plutôt que d’IA spectaculaire. Pour elle, le cœur du sujet se trouve dans les applications concrètes pour le Burkina Faso : agriculture intelligente, éducation personnalisée, santé, amélioration des services administratifs, soutien aux petites entreprises.

Elle met en avant les possibilités offertes par l’IA pour réduire certaines fractures : permettre à une jeune femme de suivre des cours de haut niveau depuis une petite ville, aider un entrepreneur à analyser ses ventes, faciliter l’accès à l’information dans des langues locales, optimiser des usages d’énergie ou de transport.

En même temps, elle n’élude pas les risques : dépendance vis‑à‑vis de plateformes étrangères, questions de souveraineté des données, menaces sur certains emplois peu qualifiés. D’où son insistance sur la formation, la régulation et l’appropriation collective de ces technologies.

Cette approche la rapproche des profils d’« architectes d’écosystèmes » plus que de simples développeuses : en tant qu’ingénieure IA, elle comprend les modèles et les algorithmes, mais en tant qu’entrepreneure et activiste numérique, elle s’intéresse d’abord aux conditions d’implantation de ces technologies dans la société burkinabè.

Crédit photo : Les Héroïnes du Faso

Digital Magazine Burkina lui rend hommage

Farida Ouédraogo/Rouamba n’est pas encore une star médiatique de la tech africaine, mais elle incarne déjà une figure essentielle de la transformation numérique burkinabè : celle de l’ingénieure en IA qui parle le langage des algorithmes sans perdre de vue la réalité des quartiers, des lycées et des marchés.
Son parcours est celui d’une femme qui a choisi de se positionner au croisement de la recherche, de l’entrepreneuriat digital et de la médiation technologique, dans un domaine – l’IA – où les voix africaines restent encore trop rares.

Entre participation à la construction d’un écosystème d’intelligence artificielle au Burkina Faso, engagement auprès des Femmes TIC, interventions pour montrer aux jeunes filles que les métiers de la data et de l’IA peuvent être les leurs, et projets pour utiliser l’IA comme accélérateur de productivité et d’accès au savoir, Farida Ouédraogo/Rouamba illustre cette génération de bâtisseuses qui veulent que le futur numérique du pays se construise avec celles et ceux qui y vivent.

Digital Magazine Burkina lui rend un hommage sincère : l’Afrique a besoin d’ingénieures en IA capables de transformer une technologie mondiale en opportunité locale, et de faire du Burkina Faso un acteur à part entière de la révolution de l’intelligence artificielle.

Pierre Ouedraogo


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