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Le Centre d’Excellence Interdisciplinaire en Intelligence Artificielle pour le Développement (CITADEL) a présenté deux travaux scientifiques au Workshop on Language Models for Low-Resource Languages (LoResLM 2026), tenu à Rabat en marge de l’EACL 2026, l’une des conférences de référence mondiale en traitement automatique des langues. Une double présence qui place Ouagadougou sur la carte de la recherche en intelligence artificielle africaine, à en croire nos confrères de Lefaso.net.
Sur les quelque 7 000 langues parlées dans le monde, une vingtaine seulement bénéficient d’une représentation significative dans les systèmes d’intelligence artificielle. Le Mooré, langue maternelle de près de 53% des Burkinabè, n’en fait pas encore partie. C’est précisément ce déséquilibre que CITADEL s’emploie à corriger.

La première contribution, portée par le fellow Fayçal Ouédraogo, s’attaque à la traduction vocale français-mooré. En s’appuyant sur un corpus de 150 heures d’audio et le modèle Wav2Vec-Bert-2.0, l’équipe a atteint un taux d’erreur de seulement 4,24 % — une performance remarquable pour une langue à très faibles ressources numériques. La synthèse vocale, assurée par XTTS-v2, a recueilli la validation de 77,8% des locuteurs natifs testés. Ce système est déjà opérationnel : le gouvernement burkinabè l’utilise pour diffuser des informations en Mooré sur la plateforme Burkina-en-marche.gov.bf, permettant à tout citoyen de recevoir des contenus en santé ou en éducation dans sa propre langue, sans passer par l’écrit.
La seconde contribution, conduite par Walker Stanislas Rocksane Compaoré, cible la traduction textuelle. À partir d’un corpus de 83 000 paires de phrases français-mooré validées, l’équipe a affiné trois modèles de référence mondiale — NLLB-200, mBART-50 et AfroLM — avec NLLB comme architecture la plus performante sur cette paire linguistique.
Ces deux travaux se complètent : l’un traite la voix, l’autre le texte. Ensemble, ils posent les fondations d’une IA capable de s’adresser à la majorité de la population burkinabè dans sa langue. Le Burkina Faso compte une soixantaine de langues vivantes. CITADEL démontre qu’il est possible d’en faire des réalités numériques — et que le Mooré n’est qu’un début.
Pierre Ouédraogo
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