Burkina Faso : 61 milliards FCFA pour le numérique en 2026, et une jeunesse appelée à en être l’usager le plus prudent

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Le ministère de la Transition digitale, des Postes et des Communications électroniques (MTDPCE) s’est doté d’un budget prévisionnel de 61 milliards de FCFA pour l’année 2026. Une ambition financière qui donne tout son sens à la 4ᵉ édition de la Journée pour un Internet plus sûr, célébrée le mardi 3 novembre 2026 à l’Université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou : sans citoyens avertis, l’investissement numérique le plus massif reste une coquille.

C’est une équation que le Burkina Faso semble avoir choisi d’assumer publiquement. D’un côté, un cap budgétaire : 61 milliards de FCFA programmés pour la transformation digitale en 2026, soit près du double de l’enveloppe de l’exercice précédent, estimée à environ 30,4 milliards de FCFA, selon les informations recueillies. De l’autre, un constat de terrain : les infrastructures, les services et les usages progressent plus vite que la capacité des internautes à s’en protéger.

C’est précisément autour de cette préoccupation que s’est tenue, à l’Université Joseph Ki-Zerbo, la 4ᵉ édition du Safer Internet Day 2026. Placée sous le thème « Technologies numériques, choix éclairés : pour une utilisation sûre et responsable de l’IA », la cérémonie était présidée par la ministre de la Transition digitale, Aminata ZERBO/SABANE, et parrainée par le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, le Pr Adjima THIOMBIANO.

Un budget doublé, une exigence décuplée

Le chiffre a de quoi frapper : avec 61 milliards de FCFA, le ministère change d’échelle. Il ne s’agit plus seulement de brancher, de câbler et de dématérialiser, mais de bâtir un écosystème, infrastructures, services publics numériques, inclusion, cybersécurité, gouvernance des données. Or, chaque brique de cet écosystème crée mécaniquement une nouvelle surface d’exposition pour le citoyen.

C’est là que le discours officiel devient intéressant. En présidant la journée, la ministre n’a pas présenté le numérique comme une fin en soi, mais comme un levier dont la valeur dépend de l’usage qu’on en fait. Devant les étudiants, elle a posé l’équation en une phrase : « L’IA n’est ni bonne ni mauvaise en soi : elle est ce que nous en faisons. » Un appel à utiliser ces outils pour apprendre, créer et travailler, sans leur abandonner sa capacité de réflexion.

Le message vaut aussi comme mode d’emploi du budget 2026. Car un investissement public de cette ampleur ne se juge pas au nombre de plateformes mises en ligne, mais à la confiance qu’il inspire : un service numérique auquel les citoyens n’osent pas confier leurs données, ou dont ils ne savent pas vérifier les affirmations, est un investissement à moitié perdu.

Deepfakes, arnaques, usurpation : les nouveaux visages du risque

Cyberharcèlement, arnaques en ligne, usurpation d’identité, exploitation des données personnelles, fausses informations et vidéos truquées : la liste des menaces s’allonge au rythme des innovations. L’intelligence artificielle leur donne une nouvelle dimension, notamment à travers les deepfakes, ces contenus audiovisuels artificiels capables de tromper et de manipuler.

Face à ces menaces, la ministre a insisté sur la nécessité pour les jeunes de développer leur esprit critique et d’adopter des comportements responsables. À l’université, où les recherches, les travaux et les échanges passent de plus en plus par le numérique, elle a rappelé que « Savoir protéger ses comptes, vérifier la fiabilité des informations, comprendre les limites de l’IA et adopter des comportements responsables en ligne est un impératif. »

Pour le Pr Adjima THIOMBIANO, cette exigence rejoint directement la vocation de l’université. « Une université est faite pour apprendre à chercher, à douter et à vérifier avant d’affirmer », a-t-il souligné, avant de résumer la règle d’or de l’ère générative : « une réponse fluide n’est pas forcément une réponse juste et une image convaincante n’est pas forcément une image vraie. » Deux formules qui, à elles seules, valent un module de culture numérique.

Pierre Ouedraogo


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