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À l’occasion de la 2e édition de la Journée Mondiale de l’Épargne commémorée au Burkina Faso, experts financiers, éducateurs et étudiants se sont réunis autour d’un impératif stratégique : transformer la culture financière des jeunes. Organisé par le cabinet Finance Invest Management (FIM Legacy), cet événement a mis en lumière la nécessité de passer d’une gestion impulsive des ressources à une posture de « stratège », en exploitant les opportunités de la finance digitale.
La vision des organisateurs : L’éducation financière comme levier d’émancipation
La célébration du 31 octobre s’inscrit dans un mouvement mondial dédié à la sensibilisation du grand public aux mécanismes d’accumulation et de préservation du patrimoine. Au Burkina Faso, le cabinet spécialisé Finance Invest Management (FIM Legacy) a fait le choix de cibler en priorité la jeunesse, notamment lycéens, étudiants et salariés, afin de poser les bases d’un développement socio-économique durable.
Dans son discours d’ouverture, Christophe Yaméogo, directeur du cabinet FIM Legacy et promoteur de l’événement, a fermement recadré la définition de l’éducation financière. Selon lui, la gestion de l’argent ne saurait se réduire à un simple exercice d’arithmétique comptable : « L’éducation financière, ce n’est pas simplement apprendre à compter son argent. C’est apprendre à prendre de bonnes décisions avec l’argent dont on dispose. C’est acquérir les connaissances, les compétences et les réflexes nécessaires pour faire des choix éclairés aujourd’hui comme demain »,a-t-il déclaré.
Christophe Yaméogo a souligné un paradoxe fréquent dans les parcours économiques : la distinction fondamentale entre la génération de revenus et la détention d’une véritable intelligence financière. « N’attendez pas d’avoir beaucoup d’argent pour apprendre à gérer. C’est en apprenant à gérer le peu que vous vous préparez à gérer plus. Votre avenir financier ne commence pas avec votre premier million, il commence avec votre prochaine décision. » a-t-il expliqué.
Le thème central de cette édition, « Épargner aujourd’hui, investir demain : le numérique au service de nos ambitions », traduit la volonté d’adapter l’éducation financière aux usages contemporains. Alors que le téléphone portable est devenu le principal canal de dépense à travers le mobile money, les organisateurs entendent inverser cette dynamique en transformant ces mêmes outils digitaux en leviers d’épargne et d’investissement structuré.
De l’indépendance à la liberté financière : la typologie des comportements selon Mme Nana
L’intervention de Mme Nana, formatrice et panéliste principale, a constitué un temps fort de la journée en interpellant directement l’auditoire sur la relation psychologique et affective qu’il entretient avec l’argent. En posant la question préalable : « Si l’argent était une personne, quel type de personne serait-il pour vous ? », elle a mis en évidence les représentations contradictoires des participants, oscillant entre la perception d’un instrument égocentrique et celle d’un allié indispensable.
Mme Nana a établi une clarification conceptuelle essentielle entre deux notions fréquemment confondues par le grand public : l’indépendance financière et la liberté financière.
- L’indépendance financière correspond à la capacité d’un individu à subvenir à l’ensemble de ses besoins fondamentaux et de ses loisirs par son travail, sans devoir recourir à l’endettement auprès de tiers.
- La liberté financière représente un stade supérieur d’autonomie où les actifs accumulés génèrent des revenus passifs continus. L’argent continue de rentrer indépendamment du travail physique, de la maladie ou de l’arrêt d’activité.
Pour formaliser les attitudes observées au quotidien, Mme Nana a présenté une typologie comportementale structurée en trois profils distincts :
- Le Perceur : Pour cet individu, l’argent « brûle les doigts ». Dès qu’une ressource est encaissée, la totalité est immédiatement consommée dans des dépenses impulsives ou superflues.
- L’Écureuil stressé : Cet individu parvient à mettre de l’argent de côté, mais conserve ses fonds de manière informelle et non sécurisée. Rongé par l’inquiétude du vol ou de la dépréciation, il thésaurise sans vision d’investissement.
- Le Stratège : Ce profil adopte une discipline rigoureuse. Il planifie son épargne non pas comme une fin en soi, mais comme un capital destiné à être investi dans des projets productifs et sécurisés.
« Avoir cette culture de l’épargne en soi, c’est la meilleure manière de préserver sa dignité. Quand on n’a rien, sa dignité est en péril parce qu’on se retrouve dans la dépendance et la honte de l’endettement. Il faut s’imposer une discipline et vivre selon sa vision, ses objectifs et ses moyens. » a enseigné Mme Nana.
Témoignages et aspirations de la jeunesse : prendre conscience pour se métamorphoser
Les échanges avec la salle ont révélé une prise de conscience aiguë parmi les étudiants et jeunes professionnels présents. Plusieurs participants ont témoigné librement de leurs habitudes financières initiales et de leurs attentes face aux enseignements reçus.
Bado Julio Matis, étudiant en deuxième année de finance-comptabilité, s’est reconnu sans détour dans le comportement du « perceur ». Venu pour acquérir des outils méthodologiques, il a exprimé une ambition claire quant à sa trajectoire personnelle :
« Aujourd’hui, je me vois comme le perceur. Mais à l’issue de cette journée, je veux devenir un stratège : savoir quoi faire avec mon épargne et marcher avec une vision qui permet d’optimiser mes ressources. »
Ce constat d’un besoin de formation est partagé par Malik Débora Compaoré, étudiante en première année à la Digital Business School, et Ines Tiendrebeogo, étudiante à ESCO IGS. Toutes deux ont souligné que la question de l’épargne reste trop peu enseignée dans le cursus scolaire classique, ce qui explique l’apprentissage sur le tas et les erreurs de gestion constatées chez beaucoup de jeunes.
De son côté, Mariam Bahikoro, agronome certifiée et étudiante en master de biodiversité et environnement à l’Université Joseph Ki-Zerbo, représentait la coopérative Échograin d’espoir (partenaire YolSe tuma). Elle a articulé la gestion financière personnelle avec les enjeux de développement durable et d’entrepreneuriat :
« L’épargne est une très bonne chose car elle nous permet d’éliminer ce qui n’est pas nécessaire sur notre chemin pour investir dans des projets qui porteront leurs fruits plus tard. Je suis venue comprendre comment le numérique permet d’épargner et quels types d’investissements pertinents nous pouvons réaliser à partir des outils digitaux. »
Sanou Firmin, participant venu par curiosité face au manque de débats publics sur le sujet, a insisté sur la difficulté de maintenir une rigueur constante face aux sollicitations sociales et aux imprévus de la vie quotidienne.
Malgré ces obstacles, des exemples probants de discipline financière ont été partagés au cours des sessions. Un étudiant en sciences économiques a témoigné mettre systématiquement de côté 25 % de son argent de poche parental. De même, Philippe Ouédraogo, président d’une société coopérative et acteur humanitaire, a indiqué épargner 50 % de ses revenus professionnels en appliquant un principe de sobriété et de rigueur personnelle.
Des masterclasses pour inculquer une culture de responsabilité individuelle
Le programme de la journée a combiné apports théoriques la matinée et ateliers pratiques l’après-midi. Les masterclasses dispensées par les partenaires institutionnels et financiers ont balayé l’éventail des solutions de placement disponibles au Burkina Faso, en mettant un accent particulier sur la vigilance. Avec des thématiques variées ou des formations entre autres.
Au terme des travaux, la Journée Mondiale de l’Épargne 2026 s’impose comme un tremplin de transformation comportementale pour la jeunesse engagée. En réunissant des profils variés autour d’experts de la finance, l’événement a démontré que l’accès à la liberté financière ne relève pas du hasard, mais d’un apprentissage méthodique soutenu par les technologies modernes.
Comme l’a résumé Christophe Yaméogo dans son appel final, l’objectif ultime de cette initiative est que chaque jeune devienne l’artisan responsable de son destin financier. En exploitant judicieusement les outils de Mobile Money, les fonds communs de placement et les solutions d’assurance-épargne, la jeunesse burkinabè dispose des leviers nécessaires pour convertir ses ressources actuelles en projets d’avenir structurants.
Pierre Ouedraogo
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