Coupures d’internet en Afrique : le Burkina Faso absent de la liste 2025, mais toujours face à un enjeu de résilience numérique

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Le Burkina Faso ne figure pas parmi les pays africains où Access Now et la coalition #KeepItOn ont recensé des coupures d’internet en 2025. Cette absence distingue le pays d’un groupe de 15 États concernés par 30 interruptions ou restrictions majeures de la connectivité.

Une année record pour les coupures d’Internet

Dans son rapport publié le 31 mars 2026, Access Now indique qu’au moins 313 coupures d’Internet ont été mises en œuvre dans 52 pays en 2025. Il s’agit d’un nouveau record mondial, supérieur aux 304 coupures recensées en 2024 et aux 289 enregistrées en 2023. En Afrique, 30 coupures ont été documentées dans 15 pays : l’Angola, le Cameroun, la République centrafricaine, le Tchad, la République démocratique du Congo, la Guinée équatoriale, l’Éthiopie, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Kenya, le Nigeria, le Soudan du Sud, la Tanzanie, le Togo et l’Ouganda.

La liste ne comprend donc pas le Burkina Faso. Il est important de comprendre la portée exacte de cette information : Access Now recense des événements documentés et vérifiés dans le cadre de son suivi des coupures. Le fait qu’un pays ne soit pas cité pour l’année étudiée ne constitue pas, à lui seul, une certification selon laquelle aucune perturbation locale, aucun blocage de plateforme ou aucune restriction ciblée n’y a eu lieu.

Les manifestations et les élections, principaux déclencheurs

Les manifestations et les situations d’instabilité politique ont constitué le principal facteur de coupure en Afrique en 2025. Selon Access Now, huit pays ont imposé au total 14 coupures dans ce type de contexte. Les restrictions liées aux élections ont représenté huit coupures dans quatre pays. La Tanzanie a enregistré à elle seule huit coupures, notamment pendant la période électorale. En Ouganda, le blocage de Facebook s’est poursuivi pour la cinquième année consécutive.

Ces restrictions ne prennent pas toutes la même forme. Une autorité peut interrompre l’accès à Internet dans tout un pays, limiter la connexion à une région, ralentir les réseaux mobiles ou bloquer une application de messagerie et un réseau social. Cette distinction compte pour l’analyse du cas burkinabè : l’absence du pays dans la liste des 15 États ne doit pas être interprétée comme l’absence de tout problème lié aux libertés numériques.

Ce que signifie l’absence du Burkina Faso

Le Burkina Faso traverse depuis plusieurs années une période marquée par l’insécurité, les déplacements de populations et une forte pression sur l’espace public. Dans un tel environnement, la continuité de l’accès à l’information revêt une importance particulière. Les habitants utilisent Internet pour suivre les alertes, maintenir le contact avec leurs proches, accéder aux services administratifs et commerciaux, et documenter la situation sur le terrain.

Le pays dispose encore d’un potentiel pour l’Internet. Selon l’Internet Society, environ 28% de la population burkinabè utilisait Internet, contre une moyenne africaine de 40%. Le pays dispose d’un score de résilience internet de 49 sur 100, classé dans la catégorie « moyenne ». L’Internet Society juge également faible le choix offert aux utilisateurs entre différents fournisseurs d’accès.

Un rappel des obligations régionales

La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples a adopté en mars 2024 la résolution 580 sur les censures d’internet et les élections en Afrique. Elle rappelle que la liberté d’expression et l’accès à l’information sont garantis par l’article 9 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. La résolution invite les États à garantir un accès ouvert et sécurisé à Internet avant, pendant et après les élections. Elle leur demande aussi de s’abstenir d’ordonner des interruptions des télécommunications, de couper Internet ou de perturber l’accès aux plateformes numériques durant ces périodes. Elle recommande enfin que les opérateurs informent les utilisateurs des perturbations et prennent rapidement des mesures pour les résoudre.

Préserver la confiance dans l’espace numérique

Les conséquences d’une coupure dépassent largement l’usage des réseaux sociaux. Une interruption peut empêcher la diffusion d’informations urgentes, ralentir les paiements, perturber les activités des petites entreprises, interrompre des cours en ligne et compliquer l’accès à certains services de santé. Elle peut aussi rendre plus difficile le travail des journalistes et des citoyens qui documentent les événements.

Pour le Burkina Faso, l’enjeu prioritaire est donc de transformer son absence de la liste 2025 en occasion de renforcer la résilience plutôt qu’en motif de relâchement. Cela suppose de de continuer à améliorer la couverture, de diversifier les infrastructures, de renforcer les points d’échange locaux et de garantir la transparence en cas de perturbation. Une information claire sur l’origine, l’étendue et la durée d’une panne permettrait également de distinguer un incident technique d’une restriction intentionnelle.

La tendance régionale rappelle enfin que les coupures ne sont pas des phénomènes isolés. Elles s’inscrivent dans un débat plus large sur la gouvernance, la sécurité et les libertés publiques. En 2025, le Burkina Faso a échappé au décompte établi par Access Now. La question, pour les années à venir, sera de savoir si cette situation s’accompagnera d’un Internet plus accessible, plus robuste et mieux protégé et non d’une simple absence statistique dans une liste de coupures.

Pierre Ouedraogo


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