Mois de la Femme : Sénégal/Côte d’Ivoire Fatoumata Bâ : La venture capitaliste qui parie sur l’Afrique avec 78 millions de dollars et une conviction : la parité

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Diplômée de Toulouse Business School, ancienne directrice de Jumia Côte d’Ivoire puis Nigeria — en 2018, elle fonde Janngo Capital à Abidjan. En 2024, elle clôture le plus grand fonds de capital-risque tech paritaire d’Afrique à 78 millions de dollars, sursouscrit de 20%, avec 56% de startups dirigées par des femmes. TIME100 Next 2025, elle est devenue l’une des voix les plus influentes du financement tech africain.

En ce mois de mars dédié aux femmes, Digital Magazine Burkina tourne son regard vers une entrepreneuse sénégalaise qui a choisi de consacrer son expertise et son énergie à résoudre l’un des problèmes les plus structurants de l’entrepreneuriat africain : le manque criant de financement pour les startups tech du continent, en particulier celles fondées ou dirigées par des femmes. Elle s’appelle Fatoumata Bâ et elle est la fondatrice et Managing Partner de Janngo Capital — un fonds de capital-risque basé à Abidjan, panafricain dans ses ambitions, paritaire dans ses convictions, et déjà reconnu à l’échelle mondiale comme l’un des acteurs les plus novateurs du financement tech africain.

Toulouse, Atos, Orange, Jumia : une trajectoire qui traverse les continents

Le parcours de Fatoumata Bâ est celui d’une femme qui a su saisir chaque opportunité pour monter en puissance, sur deux continents, dans des environnements radicalement différents. Diplômée de Toulouse Business School, elle aiguise ses premières armes dans des groupes d’envergure mondiale : Atos, le géant français de la transformation numérique, puis Orange — deux écoles de rigueur opérationnelle, de gestion à grande échelle et de management multiculturel qui forment sa vision du monde des affaires.

Mais c’est avec Jumia — la première « licorne » africaine du e-commerce — que son parcours prend une dimension véritablement transformatrice. Elle fonde et dirige Jumia Côte d’Ivoire, implantant la marketplace dans le pays depuis zéro, avant de prendre la tête de Jumia Nigeria — la filiale la plus grande et la plus complexe du groupe, dans un marché de 200 millions de consommateurs. Cette expérience de scale-up à la vitesse africaine — lancer, tester, pivoter, croître dans des écosystèmes fragmentés et sous-capitalisés — est la matière première qui va alimenter la vision de Janngo Capital.

Janngo Capital : combler le vide là où personne ne regardait

En 2018, Fatoumata Bâ quitte Jumia avec une conviction : l’Afrique regorge d’innovateurs brillants, mais le financement qui leur permettrait de passer à l’échelle est dramatiquement absent — surtout pour les startups en phase d’amorçage (early-stage), surtout en Afrique francophone, et surtout pour les femmes entrepreneures. Elle fonde Janngo à Abidjan — une plateforme panafricaine qui construit, développe et investit dans des startups technologiques à fort impact social, alignées sur les Objectifs de Développement Durable. Sa filiale Janngo Capital gère les fonds de capital-risque ciblant les entreprises des secteurs de la santé, de l’éducation, de la fintech, de l’agroalimentaire, de la logistique, de la mobilité et des industries créatives.Dès 2021, une première levée de fonds de 7 milliards de FCFA (environ 11,5 millions USD) en partenariat avec la Banque Africaine de Développement (BAD), l’Union Européenne et l’OEACP permet à Janngo Capital de renforcer les PME tech de la région. Les tickets d’investissement — de 50 000 à 5 millions d’euros — sont délibérément calibrés pour la phase early-stage, ce moment critique où les startups ont le plus besoin de soutien financier et d’accompagnement stratégique, et où les investisseurs traditionnels regardent rarement.

L’Afrique tech a besoin de capitaux intelligents. Fatoumata Bâ a la solution !

78 millions de dollars et 56% de femmes : le fonds paritaire qui change les règles du jeu

En 2024, Fatoumata Bâ réalise ce que beaucoup considéraient comme impossible dans l’écosystème VC africain encore dominé par des investisseurs masculins et des géographies anglophones : elle clôture le Janngo Capital Startup Fund II à 78 millions de dollars — sursouscrit de 20% — faisant de ce véhicule le plus grand fonds de capital-risque tech paritaire jamais levé sur le continent africain. La distinction est double et historique : plus grand fonds panafricain de sa catégorie, et premier à se définir explicitement comme paritaire dans sa thèse d’investissement.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Au sein du portefeuille de Janngo Capital, 56% des startups soutenues sont dirigées par des femmes — un taux sans précédent dans le capital-risque africain, où la norme mondiale plafonne péniblement entre 2 et 4%. Les investisseurs de ce deuxième fonds incluent des institutions de premier rang : la Banque Européenne d’Investissement (BEI), la Banque Africaine de Développement (BAD) et Proparco — autant de garants de la crédibilité et de l’ambition de la démarche.

Parmi les 21 startups déjà en portefeuille figurent des noms comme Sabi — plateforme B2B de commerce informel au Nigeria — et Expensya — solution de gestion des dépenses professionnelles. Des entreprises qui combinent viabilité commerciale et impact social mesurable, fidèles à la philosophie « tech for good » qui est l’ADN de Janngo.

TIME100 Next 2025 : la reconnaissance d’un leadership africain mondial

En 2025, le magazine TIME — l’une des publications les plus influentes au monde — classe Fatoumata Bâ dans son palmarès annuel TIME100 Next — qui distingue les cent personnalités émergentes les plus susceptibles de façonner l’avenir du monde. Une consécration internationale qui confirme ce que l’écosystème africain sait depuis quelques années déjà : Fatoumata Bâ n’est pas seulement une investisseuse à succès, c’est une architecte de l’écosystème tech africain qui pense, agit et investit à une échelle continentale et globale.

Sa présence dans ce classement rejoint d’autres distinctions accumulées au fil des années — reconnaissance de la BAD, citations régulières dans les médias spécialisés comme African Business et TechCrunch Africa — et consolide sa position de référence incontournable pour quiconque s’intéresse au financement de l’innovation tech en Afrique francophone. Dans une région où les fonds de capital-risque restent rares, sous-capitalisés et peu diversifiés, son profil de femme sénégalaise basée à Abidjan qui lève 78 millions de dollars est à lui seul un message politique fort adressé à toute une génération.

Profit et impact, parité et performance : la nouvelle équation du VC africain

Ce qui distingue fondamentalement la philosophie d’investissement de Fatoumata Bâ, c’est le refus de toute fausse opposition entre profit et impact. Pour elle, une startup africaine qui génère de la valeur économique tout en améliorant l’accès à la santé, à l’éducation ou aux services financiers pour les populations les plus vulnérables n’est pas une exception — c’est le modèle à construire et à généraliser. Janngo Capital est le véhicule de cette conviction : chaque euro investi doit créer des emplois durables, accroître l’accès aux services essentiels et contribuer aux Objectifs de Développement Durable.

Sa thèse sur la parité est tout aussi tranchée. Dans un contexte où les femmes dirigeantes d’entreprises tech reçoivent moins de 2 % des financements VC mondiaux, imposer un objectif de 56 % de startups dirigées par des femmes dans son portefeuille n’est pas du militantisme — c’est de l’intelligence économique. Les études convergent : les entreprises dirigées par des femmes offrent de meilleurs retours sur investissement, sont plus résilientes et intègrent davantage les dimensions sociales dans leur développement. Fatoumata Bâ le sait, et elle l’a traduit en thèse d’investissement concrète, mesurable et déjà prouvée.

En ce mois de mars, Digital Magazine Burkina lui rend hommage

Fatoumata Bâ incarne une vision de l’Afrique numérique qui refuse de se laisser enfermer dans les vieux paradigmes : que le capital-risque est une affaire d’Occidentaux, que les femmes ne sont pas des investisseuses crédibles, que l’impact social et le profit ne peuvent coexister. Elle les démonte un à un, avec chaque million levé, chaque startup financée, chaque femme entrepreneure propulsée par ses investissements. En ce mois de mars, Digital Magazine Burkina lui rend un hommage sincère et rappelle que le Burkina Faso, comme toute l’Afrique, a besoin de plus de Fatoumata Bâ — des femmes qui ne se contentent pas de réussir pour elles-mêmes, mais qui construisent les conditions pour que mille autres puissent réussir après elles.

— Digital Magazine Burkina | Mars 2026

Pierre Ouédraogo


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