Journée internationale de la Femme / Bassératou Kindo : La femme qui donne un visage numérique aux femmes du Burkina Faso

Digital Burkina Faso Women in Digital and Tech - Special Edition
Getting your Trinity Audio player ready...

Journaliste, blogueuse primée, fondatrice de Mousso News et co-fondatrice de Wikimédia Burkina, elle mène depuis des années un combat acharné pour que les femmes burkinabè existent pleinement dans l’espace médiatique et numérique mondial.

En cette dynamique du 8 mars, Journée internationale de la Femme, Digital Magazine Burkina poursuit sa série de portraits avec une figure singulière et essentielle de l’écosystème médiatico-numérique burkinabè. Elle n’est ni ministre ni ingénieure en informatique, mais son arme est tout aussi puissante : les mots, les récits et les pixels. Elle s’appelle Bassératou Kindo. Journaliste chevronnée, experte blogueuse et Directrice de Publication de Mousso News, elle a choisi de mettre son talent au service d’une cause : rendre visibles toutes celles que le paysage médiatique traditionnel tend à ignorer.

De Bobo-Dioulasso aux rédactions : une vocation forgée dans l’encre

Née à Bobo-Dioulasso, la capitale économique du Burkina Faso, Bassératou Kindo communément appelée Bass par les proches a grandi entre les quartiers populaires et les salles de classe de la ville avant de poser ses premiers jalons dans le journalisme. C’est à L’Express du Faso, le quotidien de Bobo, qu’elle signe ses tout premiers articles, apprenant sur le tas le métier de l’information, ses exigences et ses responsabilités.

Son parcours l’a ensuite conduite vers les rédactions nationales les plus influentes : le journal en ligne LeFaso.net, puis le groupe Oméga Média. Elle a également travaillé pour l’ONG Internews sur un projet consacré à la lutte contre l’extrémisme violent et la radicalisation des jeunes, avant de rejoindre la Fondation Hirondelle sur le projet Studio Yafa. Autant d’expériences qui ont forgé une journaliste à la plume rigoureuse et à l’engagement sociétal profond, à l’aise autant dans la presse écrite que dans la radio, la télévision participative notamment comme correspondante des Observateurs de France 24 et les réseaux sociaux.

Mousso News : quand le journalisme devient un acte militant

En 2019, forte de toutes ces expériences et animée par un constat douloureux ; les femmes burkinabè sont quasi absentes des médias, sauf pour en être les victimes ou les faire-valoir Bassératou Kindo franchit le pas et fonde Mousso News. « Mousso », qui signifie « femme » en dioula, donne d’emblée le ton : ce média en ligne est dédié à la promotion du leadership féminin, à la valorisation des initiatives des femmes et à la transmission authentique de leur parole au public burkinabè et au-delà.

Sa philosophie éditoriale est limpide et elle l’assume : « On s’est rendu compte qu’il y a de nombreuses femmes qui font des merveilles, qui impactent, mais qui ne sont pas connues. » Mousso News se fixe donc pour mission d’offrir un cadre d’expression libre, qualitatif et utile à toutes ces femmes que le reste de la presse peine à voir. Entrepreneures, artistes, militantes, mères de famille bâtisseuses ; toutes trouvent leur place dans les colonnes du média.

Mousso News n’est pas sans obstacles. Le média a parfois été pointé du doigt comme faisant « la propagande de la femme de façon aveugle ». Bassératou Kindo assume : dans un monde médiatique encore largement dominé par des récits masculins, prendre position pour les femmes n’est pas du militantisme aveugle, c’est du journalisme honnête.

Bassératou Kindo – Photo de profile Wikipédia

WikiGap et Wikimédia Burkina : réécrire l’histoire au féminin

Ce qui distingue Bassératou Kindo de beaucoup de ses pairs, c’est sa compréhension aiguë des nouveaux espaces de pouvoir symbolique à l’ère numérique. Elle l’a compris avant beaucoup d’autres : si les femmes burkinabè n’existent pas sur Wikipédia, elles n’existent pas sur Internet. Et si elles n’existent pas sur Internet, elles n’existent pas dans la mémoire collective mondiale.

C’est ainsi qu’elle est devenue co-fondatrice de la communauté Wikimédia Burkina Faso et l’une des chevilles ouvrières de l’initiative internationale WikiGap au Burkina Faso. Depuis 2022, cette campagne annuelle mobilise des contributeurs bénévoles pour créer et améliorer des centaines de pages Wikipédia dédiées à des figures féminines burkinabè. En janvier 2026, la 6e édition de WikiGap s’est concentrée sur les pionnières du sport féminin burkinabè, en partenariat avec le Ringo Club, avec pour objectif de réduire concrètement les inégalités de représentation en ligne.

Elle a également coorganisé en 2023 la première édition de Wiki Loves Earth pour le Burkina Faso, contribuant à mettre en lumière la diversité remarquable des paysages naturels du pays sur l’encyclopédie mondiale. Des voyages d’échange à Paris, Singapour, Maroc et Abidjan ont jalonné ce parcours de militante du savoir partagé.

Une blogueuse multi-primée, référence dans son domaine

Le travail de Bassératou Kindo a été salué à de nombreuses reprises par des prix qui témoignent de la diversité et de la constance de son engagement. En 2011, elle décroche le Premier Prix Femedia de l’Institut Panos, récompensant les femmes dans le journalisme burkinabè. En 2012 et 2013, elle est doublement lauréate du Prix Galian dans la catégorie Blogs et Réseaux Sociaux, décerné par le ministère de la Communication.

En 2017, elle reçoit le 2e Prix Planification Familiale du Partenariat de Ouagadougou. En 2020, le Prix du Meilleur Journaliste pour les Causes Sociales lui est décerné pour son initiative « Un pagne pour leur dignité », portée sur l’accès à l’eau. Et en juin 2025, la consécration est renouvelée : elle remporte le 1er Prix du Journalisme pour la Paix et la Cohésion Sociale (PJPCS) dans la catégorie presse en ligne, lors de la 4e édition de cette distinction nationale, aux côtés des meilleurs journalistes de la RTB et des Éditions Le Pays.

Au fil des années, elle a également bâti une audience significative sur les réseaux sociaux, avec plus de 22 000 abonnés sur Facebook et 23 000 sur Twitter, faisant d’elle une voix influente du journalisme numérique burkinabè.

Présidente des blogueurs, passeuse de flambeau

Au-delà de son propre média et de ses engagements citoyens sur Wikipédia, Bassératou Kindo a également occupé la présidence de l’Association des Blogueurs du Burkina Faso, une responsabilité collective qui l’a amenée à fédérer, former et accompagner toute une génération de créateurs de contenus numériques dans le pays. Ses formations bénévoles (une cinquantaine organisées au profit de jeunes à Ouagadougou et Bobo-Dioulasso) illustrent une conviction profonde : le savoir ne vaut que s’il est partagé.

Elle participe également régulièrement à des activités de sensibilisation sur les questions de genre au Burkina Faso et à l’international, portant haut la voix des femmes africaines dans des espaces où elles sont encore trop peu entendues. En 2025, l’Ambassade des États-Unis au Burkina Faso l’a reconnue officiellement dans sa série #WomenChangeMakers, lors du Women’s History Month, saluant une femme dont les actions transforment positivement sa communauté.

En ce 8 mars, Digital Magazine Burkina lui rend hommage

Dans un monde où l’information façonne les identités et construit les représentations, avoir des femmes comme Bassératou Kindo aux commandes d’un média est une nécessité, pas un luxe. Elle prouve chaque jour que le journalisme engagé peut être rigoureux, que la défense des droits des femmes peut s’exercer avec des mots justes et une plume affûtée, et que le numérique est un terrain de reconquête symbolique autant qu’un outil de diffusion. En ce 8 mars, Digital Magazine Burkina lui rend un hommage mérité, et rappelle que le Burkina Faso numérique se construit aussi, et surtout, avec des femmes qui racontent les autres femmes.

— Digital Magazine Burkina | 8 Mars 2026

Pierre Ouédraogo


En savoir plus sur Digital Magazine Burkina

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire