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Ingénieure télécom formée en France, cofondatrice de l’incubateur Hadina RIMTIC, figure de l’écosystème numérique mauritanien — Mariem Kane accompagne les jeunes pousses de la tech et prouve que l’innovation peut naître et grandir à Nouakchott.
Dans sa série de portraits consacrée aux femmes qui façonnent le numérique africain, Digital Magazine Burkina met en lumière une ingénieure mauritanienne dont la trajectoire illustre ce que l’entrepreneuriat tech a de plus puissant quand il s’enracine dans un écosystème encore naissant. Elle vient de Mauritanie — un pays longtemps absent des cartes africaines de la startup nation, où les jeunes diplômés en technologies de l’information rêvent souvent de carrière à l’étranger faute de structures d’accompagnement locales. Elle a choisi l’option inverse : revenir, construire, ouvrir la voie. Elle s’appelle Mariem Kane et elle a cofondé Hadina RIMTIC, un incubateur qui se rêve en technopole des jeunes pousses mauritaniennes.
Nouakchott, la France, puis retour au pays : une trajectoire d’ingénieure engagée
Née et grandie en Mauritanie, Mariem Kane fait partie de cette génération de jeunes femmes pour qui les mathématiques et les sciences ne sont pas un territoire interdit. Très tôt, elle se passionne pour les technologies de l’information et des communications et décide de pousser cette appétence jusqu’au bout en s’orientant vers une formation d’ingénieur. Elle quitte Nouakchott pour la France, où elle obtient un diplôme d’ingénieur en télécommunications, dans un environnement encore très masculin.
Comme beaucoup de talents africains formés à l’étranger, elle pourrait bâtir une carrière confortable dans de grandes entreprises internationales. Mais Mariem Kane fait un autre choix : celui du retour. Convaincue que la Mauritanie a besoin de profils techniques pour structurer son écosystème numérique, elle rentre au pays avec une double ambition, personnelle et collective : exercer son métier d’ingénieure et créer un environnement favorable aux jeunes innovateurs mauritaniens.

Hadina RIMTIC : de l’idée d’incubateur à la couveuse de la tech mauritanienne
C’est de cette conviction qu’est née Hadina RIMTIC, cofondée par Mariem Kane et l’ingénieur informaticien Dahaba Djibril Diagana. L’organisation, créée en 2014 sous la forme d’une structure à but non lucratif, se présente comme un incubateur spécialisé dans les technologies de l’information et de la communication, avec une mission claire : accompagner les porteurs de projets numériques mauritaniens de l’idée jusqu’au marché.
Le nom « Hadina », qui signifie « couveuse » en arabe, résume parfaitement le projet : comme une poule qui veille patiemment sur ses œufs, l’incubateur accueille, forme, protège et fait éclore des startups dans un environnement encore fragile. La plateforme héberge rapidement plusieurs projets orientés vers les usages concrets du numérique — services en ligne, solutions mobiles, plateformes web — et offre aux entrepreneurs un ensemble de services : coaching, mise en réseau, accès à des formations techniques et managériales, visibilité auprès de partenaires publics et privés.
Dans un pays où l’écosystème tech était quasi inexistant au milieu des années 2010, Hadina RIMTIC joue un rôle de pionnier. L’incubateur contribue à structurer une communauté, à créer des références locales de réussite et à prouver qu’on peut lancer une startup tech depuis Nouakchott, sans forcément émigrer.

Une ingénieure télécom dans un écosystème qui se construit
La force de Mariem Kane tient aussi à son profil hybride : ingénieure en télécommunications de formation, elle connaît aussi bien les architectures techniques que les contraintes économiques liées au développement d’une solution numérique. Cette double lecture technique et stratégique lui permet d’accompagner les porteurs de projets sur le fond — choix technologiques, robustesse des solutions, scalabilité — mais aussi sur la forme : modèle économique, positionnement, accès au marché.À travers Hadina RIMTIC, elle défend une vision très concrète de l’innovation : la technologie n’a de sens que si elle répond à des besoins réels, qu’il s’agisse d’éducation, de services financiers, de gouvernance ou d’accès à l’information. Dans un entretien avec Jeune Afrique, l’incubateur est décrit comme un espace qui veut « donner de la voix » à la tech mauritanienne, en accompagnant des projets tournés vers des usages pratiques et immédiatement utiles aux citoyens.
Une pionnière parmi les femmes de la tech en Afrique de l’Ouest
Dans les pays d’Afrique de l’Ouest, les femmes ingénieures en TIC restent rares, et celles qui se positionnent comme leaders d’écosystèmes entrepreneuriaux le sont encore plus. Mariem Kane fait partie de cette minorité qui ouvre des brèches. Dans un billet de la Banque mondiale consacré à une nouvelle génération de CEO en Afrique de l’Ouest, elle souligne combien il est difficile pour les femmes formées à des compétences techniques de trouver des opportunités et de se voir confier des responsabilités, parce qu’on les considère souvent comme plus « adaptées » à des fonctions jugées plus « douces ».
En cofondant un incubateur et en se positionnant comme visage public d’Hadina RIMTIC, elle envoie un signal fort aux jeunes filles mauritaniennes intéressées par les sciences et la tech : non seulement elles ont leur place dans ces filières, mais elles peuvent aussi les diriger, décider des orientations stratégiques, et être reconnues comme expertes.

« Couvrir le risque, libérer le potentiel » : le message d’une bâtisseuse d’écosystème
Si Falmata Hassane Awada parle de liberté à travers l’accomplissement personnel, Mariem Kane, elle, agit sur un autre levier de libération : celui de l’environnement. En créant une couveuse pour startups dans un contexte où l’échec peut être socialement stigmatisé, elle offre aux jeunes entrepreneurs une zone protégée pour expérimenter, se tromper, corriger, recommencer.
Son message implicite est limpide : le talent existe en Mauritanie, mais il a besoin d’un cadre, d’outils, d’un accompagnement structuré. En travaillant à bâtir cet environnement, Mariem Kane incarne un type particulier de leadership féminin dans la tech africaine : celui des architectes d’écosystèmes, qui préfèrent la construction patiente à la quête de visibilité immédiate.
Digital Magazine Burkina lui rend hommage
Mariem Kane n’est peut-être pas encore un nom familier pour le grand public panafricain, mais elle l’est déjà pour toutes celles et ceux qui observent la montée en puissance des écosystèmes numériques hors des capitales traditionnelles de la tech africaine. Son histoire est celle d’une jeune ingénieure mauritanienne, formée à l’excellence en France, revenue chez elle pour faire éclore des startups et structurer un écosystème encore balbutiant.
Une couveuse pour les projets numériques, une structure née avant même que la « mode startup » n’atteigne Nouakchott, un pari assumé sur le potentiel des jeunes mauritaniens, et une conviction chevillée au corps : la technologie n’est pas réservée aux grandes métropoles, elle peut naître partout où l’on décide de lui donner une chance. Digital Magazine Burkina lui rend un hommage sincère et lui dit : l’Afrique a besoin de bâtisseurs d’écosystèmes comme vous.
Pierre Ouédraogo
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