Falmata Hassane Awada : L’ingénieure tchadienne qui a numérisé le carnet de santé des mères pour sauver des vies

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Diplômée de l’École Supérieure Polytechnique de Dakar, lauréate du concours Tchad Talent, Mandela Washington Fellow, Data Engineer consultante à la FAO Afrique de l’Ouest — Falmata Hassane Awada a co-fondé SAHITNA, une startup dont l’application mobile numérise les carnets de santé pour réduire la mortalité maternelle et infantile au Tchad. Elle change déjà des vies, et elle incarne ce que la tech africaine a de plus précieux : des solutions ancrées dans le réel.

Dans sa série de portraits consacrée aux femmes qui façonnent le numérique africain, Digital Magazine Burkina met en lumière une ingénieure dont la trajectoire illustre ce que la tech a de plus puissant quand elle part du terrain. Elle vient du Tchad — un pays où la mortalité maternelle et infantile reste l’une des plus élevées du monde, où les femmes perdent leurs carnets de santé et manquent leurs rendez-vous médicaux faute d’un système d’information fiable. Elle a regardé ce problème en face. Puis elle a ouvert son ordinateur et codé une solution. Elle s’appelle Falmata Hassane Awada et elle est co-fondatrice de SAHITNA — une startup tech dont l’application mobile vise à sauver des mères et des enfants tchadiens en rendant le suivi médical accessible depuis un téléphone, partout et à tout moment.

N’Djamena, Dakar, Iowa : une trajectoire tracée entre le Tchad et le monde

Grandie à N’Djamena, la capitale du Tchad, Falmata Hassane Awada cultive très tôt un goût prononcé pour la technologie — et une conscience aiguë des défis que traverse son pays. Elle choisit de se former à l’ingénierie informatique à l’École Supérieure Polytechnique (ESP) de Dakar — l’une des meilleures écoles d’ingénierie d’Afrique de l’Ouest — où elle décroche un diplôme d’ingénieure en informatique. Une formation solide, rigoureuse, qui lui donne les outils techniques pour traduire ses ambitions sociales en solutions concrètes et déployables.

Son parcours l’amène ensuite aux États-Unis à travers le prestigieux Mandela Washington Fellowship — le programme phare de la diplomatie américaine pour les jeunes leaders africains, fondé sous l’administration Obama, qui sélectionne chaque année les talents les plus prometteurs du continent pour des sessions intensives d’apprentissage dans les meilleures universités américaines. Falmata Hassane Awada est accueillie à l’Université de l’Iowa (Tippie College of Business) — une reconnaissance internationale qui confirme son profil de jeune leader à fort potentiel.

SAHITNA — « Notre santé » : quand une application peut sauver une mère

À l’origine de SAHITNA, il y a un constat douloureux que Falmata partage avec franchise : au Tchad, la mortalité maternelle et infantile est tragiquement élevée. L’une des causes les plus courantes et les plus évitables est structurelle — les femmes enceintes perdent leur carnet de santé, oublient leurs rendez-vous, ne peuvent pas accéder à leur historique médical depuis une autre structure de soins. Le système de suivi est en papier, fragmenté, vulnérable.

Falmata Hassane Awada

Avec une amie et cofondatrice, Falmata propose une réponse numérique : SAHITNA — mot arabe signifiant littéralement « notre santé ». Il s’agit d’une application web et mobile qui permet de numériser le carnet de santé de la mère et de l’enfant, de centraliser les données médicales dans un espace accessible depuis n’importe quel point de soins, et d’assurer le suivi des rendez-vous et vaccinations même en l’absence du document papier.

L’application intervient dans trois secteurs identifiés comme prioritaires : la santé, l’éducation et l’agriculture — une approche holistique qui reflète la conviction des fondatrices que le numérique doit couvrir l’ensemble des besoins fondamentaux d’une population pour générer un impact réel et durable. SAHITNA remporte le concours Tchad Talent — première validation publique d’une solution qui, pour ses créatrices, n’est pas encore un projet mais déjà une mission.

FAO Afrique de l’Ouest : la data engineer au service de la sécurité alimentaire africaine

Parallèlement à son engagement entrepreneurial avec SAHITNA, Falmata Hassane Awada contribue à une mission tout aussi stratégique en tant que consultante Data Engineer au Bureau Sous-régional de la FAO pour l’Afrique de l’Ouest. Dans ce rôle, elle participe à la conception et au déploiement de solutions numériques pour améliorer la collecte, la gestion et l’analyse de données agricoles et alimentaires dans une région qui regroupe plusieurs des pays les plus vulnérables à l’insécurité alimentaire au monde.

Cette double casquette — ingénieure de terrain avec SAHITNA, data engineer institutionnelle avec la FAO — illustre la profondeur de son expertise et la cohérence de son engagement : qu’il s’agisse de santé maternelle au Tchad ou de sécurité alimentaire en Afrique de l’Ouest, Falmata Hassane Awada met ses compétences techniques au service d’un même objectif fondamental — améliorer les conditions de vie des populations les plus vulnérables du continent.

eTrade for All, Mandela Fellowship : une reconnaissance internationale pour une ingénieure d’impact

Le profil de Falmata Hassane Awada a rapidement retenu l’attention des plateformes mondiales qui œuvrent à l’inclusion numérique et économique des femmes africaines. Elle est référencée comme co-fondatrice de SAHITNA dans la communauté eTrade for All Women — une initiative de la CNUCED et de ses partenaires qui soutient les femmes entrepreneures dans le commerce numérique en Afrique et dans les pays en développement. Sa trajectoire est également documentée par le Fonds Muskoka — initiative française et onusienne pour la santé maternelle et infantile — comme un exemple de la façon dont la technologie portée par les femmes peut transformer l’accès aux soins dans les pays les plus fragiles.

Le Mandela Washington Fellowship reste peut-être la consécration la plus emblématique. Fondé par le Président Barack Obama et réservé aux jeunes leaders africains les plus prometteurs de moins de 35 ans, ce programme est un signal fort envoyé à une génération entière : les solutions aux défis africains existent, elles émergent de l’Afrique elle-même, et elles sont portées par des femmes comme Falmata.

« Une femme accomplie est une femme libre de faire ce qu’elle veut » : le message d’une pionnière

Dans un entretien accordé au Fonds Muskoka, Falmata Hassane Awada exprime avec une franchise désarmante les réalités de la vie d’une femme entrepreneur au Tchad : « Nous vivons encore chez nos parents car nous ne sommes pas mariées. Nous attendons de réaliser notre rêve d’abord. Ici, quand une femme ne travaille pas, elle dépend de son mari. » Ces mots résument à eux seuls la portée symbolique de son engagement — et la raison profonde pour laquelle elle code, innove et entreprend.

Sa conviction, résumée en une phrase qui dit tout : « Une femme accomplie est une femme libre de faire ce qu’elle veut pour elle-même. » Derrière cette formule simple se cache un programme révolutionnaire dans un contexte sahélien où l’autonomie des femmes reste un combat quotidien. En choisissant l’ingénierie, en co-fondant une startup, en travaillant pour la FAO, en participant au Mandela Fellowship — Falmata Hassane Awada incarne cette liberté et en fait une mission : rendre la technologie accessible à toutes celles qui en ont été privées, et prouver à chaque jeune fille du Tchad qu’elle peut choisir son propre chemin.

Digital Magazine Burkina lui rend hommage

Falmata Hassane Awada n’est pas encore connue du grand public panafricain — mais elle le sera. Car son histoire est celle que le continent a le plus besoin d’entendre : une jeune femme sahélienne, formée à l’excellence, revenue chez elle pour résoudre les problèmes de son pays avec les outils de demain. Une application mobile pour les mères tchadiennes. Une startup née d’un concours. Une carrière internationale au service de l’Afrique. Et une conviction chevillée au corps que la technologie n’a de sens que si elle libère celles qui en ont été exclues. Digital Magazine Burkina lui rend un hommage sincère et lui dit : l’Afrique a besoin de vous. Continuez.

— Digital Magazine Burkina

Pierre Ouedraogo


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