Special Woman in Tech & Digital / CÔTE D’IVOIRE / Raïssa Banhoro : Elle a mis l’alphabétisation dans une application, la formation numérique dans une fabrique, et l’avenir africain dans un institut

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Ingénieure en sciences informatiques, lauréate du Prix RFI Challenge App Afrique 2017 avec LUCIE — sa première application mobile d’alphabétisation en langues locales — fondatrice de Simplon Côte d’Ivoire depuis 2018 avec un taux d’insertion de 93%, et inauguratrice en août 2025 de l’IISAN-Abidjan : Raïssa Banhoro construit depuis dix ans, étape par étape, l’infrastructure numérique humaine de la Côte d’Ivoire.

Digital Magazine Burkina rend hommage à une Ivoirienne dont le parcours témoigne d’une ambition rare : celle de ne jamais s’arrêter à une seule réponse quand la question est trop grande. Face au défi de l’analphabétisme, elle crée une application. Face au chômage des jeunes, elle ouvre une fabrique numérique. Face au déficit de diplômes reconnus dans le numérique, elle inaugure un institut. Raïssa Banhoro est ingénieure en sciences informatiques, fondatrice de Simplon Côte d’Ivoire et de l’Institut International des Sciences et des Arts du Numérique (IISAN). Et elle est, pour le continent africain, un modèle de ce que signifie conjuguer technologie, inclusion et impact durable.

LUCIE : une application qui apprend à lire à celles que l’école a oubliées

Tout commence par un constat douloureux que Raïssa Banhoro refuse de banaliser : des millions de femmes en Côte d’Ivoire sont analphabètes, peu à l’aise avec les chiffres, et encore moins équipées pour naviguer dans un monde devenu irrémédiablement numérique. Les applications éducatives existantes sont conçues pour des gens qui savent déjà lire. Elles sont inutiles pour celles qui n’ont jamais eu cette chance.

Sa réponse est LUCIE — pour Leçon Unique Conçue pour l’Innovation dans l’Enseignement. Première application mobile d’alphabétisation de Côte d’Ivoire, LUCIE intègre une assistance vocale en langues locales qui rend l’apprentissage intuitif pour des femmes qui n’ont jamais tenu un stylo. Lecture, calcul, compétences numériques de base — les trois barrières les plus courantes à l’inclusion numérique des femmes africaines — sont abordées simultanément, avec une pédagogie adaptée au profil de chaque utilisatrice.En 2015, LUCIE remporte déjà le Prix du meilleur développeur d’application Android décerné par MTN. Puis, en octobre 2017, c’est la consécration : Raïssa Banhoro remporte la deuxième édition du Prix RFI Challenge App Afrique — l’un des concours d’applications mobiles les plus reconnus du continent. La récompense lui vaut d’être reçue en audience par le ministre ivoirien de la Communication et de l’Économie Numérique, Bruno Nabagné Koné, qui décide d’accompagner le projet via la Fondation Jeunesse Numérique. LUCIE est lancée officiellement en avril 2018 à Daloa. Elle tourne depuis seule — et finance elle-même ses charges.

Simplon Côte d’Ivoire : la fabrique numérique qui ne laisse personne derrière

En décembre 2018, Raïssa Banhoro franchit une nouvelle étape en ouvrant la première fabrique Simplon Côte d’Ivoire— structure d’entreprise sociale dédiée à la formation gratuite et intensive aux métiers du numérique pour les jeunes demandeurs d’emploi. Dès le lancement, l’engouement est massif : plus de 1 000 candidatures reçues pour 24 places. Puis une deuxième fabrique, en partenariat avec MTN Académie, avec les mêmes chiffres de candidatures.

Les formations dispensées couvrent le développement d’applications web et mobile, l’intelligence artificielle, le cloud computing, la cybersécurité et bien d’autres disciplines en tension sur le marché du travail. La pédagogie active héritée du réseau Simplon international — apprendre en faisant, en collaboration, sur des projets réels — est au cœur du modèle. Et les résultats sont éloquents : Simplon Côte d’Ivoire affiche un taux d’insertion professionnelle de 93% — un chiffre qui place l’entreprise parmi les structures d’insertion numérique les plus performantes de toute l’Afrique subsaharienne. Et certaines cohortes ont même atteint 100 % d’emploi chez les diplômés.

Raïssa Banhoro dirige Simplon CI avec la vision d’une femme qui sait que former n’est pas suffisant si on ne crée pas les conditions de l’insertion. Elle noue des partenariats avec MTN, la GIZ (coopération allemande), l’initiative Invest for Jobs et d’autres acteurs pour diversifier les financements d’une formation qui reste, dans son principe, entièrement gratuite pour les apprenants.

IISAN-Abidjan : bâtir l’élite numérique africaine, du BTS au Master

En août 2025, Raïssa Banhoro inaugure l’Institut International des Sciences et des Arts du Numérique (IISAN-Abidjan) à Angré 8e tranche — une nouvelle étape dans une construction patiente et cohérente. Là où Simplon formait des jeunes sans diplômes aux métiers du numérique, IISAN-Abidjan va plus loin : délivrer des diplômes reconnus par l’État, du BTS au Master, pour répondre à un besoin que le marché de l’emploi formulait sans cesse — des talents numériques à la fois qualifiés techniquement et certifiés académiquement.

L’offre pédagogique d’IISAN-Abidjan est délibérément tournée vers les secteurs les plus stratégiques de l’économie numérique africaine : développement d’applications mobiles, marketing et communication digitale, administration et transformation digitale, systèmes informatiques et génie logiciel, multimédia et arts numériques, cybersécurité et intelligence artificielle. L’établissement est présent à Abidjan et à Dakar, confirmant l’ambition panafricaine de Raïssa Banhoro.

Sa vision pour IISAN est limpide : « Avec Simplon, nous avons formé des milliers de talents aux métiers du numérique. Avec IISAN-Abidjan, nous allons plus loin : donner aux jeunes non seulement le savoir-faire, mais aussi le diplôme qui l’atteste. » Combiner savoir-faire, diplôme et expérience pratique — c’est la trinité sur laquelle elle bâtit un modèle éducatif inédit, pensé pour combler le fossé entre les formations et les besoins réels des entreprises africaines.

Cyber Africa Woman, ONU Femmes, KFC Africa : une voix qui compte pour les femmes dans le numérique

L’engagement de Raïssa Banhoro dépasse largement la formation et l’entrepreneuriat. Elle milite activement pour la place des femmes dans le numérique — sur le terrain, dans les salles de classe du Lycée d’Excellence de Grand-Bassam où elle sensibilise les jeunes filles aux métiers STEM, dans les panels d’ONU Femmes Côte d’Ivoire sur l’innovation technologique et l’égalité des sexes, et sur la scène du Cyber Africa Forum — l’événement de référence en sécurité numérique en Afrique — où elle participe en tant que Cyber Africa Woman, ambassadrice de l’inclusion des femmes dans la cybersécurité.

En mars 2025, KFC Africa l’honore comme l’une des 55 femmes africaines les plus impactantes dans le cadre de la Journée internationale de la Femme — une reconnaissance panafricaine qui salue non seulement son parcours personnel, mais l’onde de choc positive que son travail génère : quand une femme acquiert la maîtrise du numérique, elle gagne l’accès aux marchés, à la banque, à l’éducation, à l’entrepreneuriat. Quand des milliers de femmes y accèdent, c’est une économie entière qui se transforme.

Internet n’est pas que Facebook : le message d’une ingénieure à la jeunesse africaine

Ce qui rend Raïssa Banhoro si précieuse pour le continent, c’est sa capacité à parler à tout le monde — aux jeunes filles qui hésitent devant une carrière tech, aux décideurs qui sous-estiment l’économie numérique, aux entrepreneurs qui cherchent à innover localement. Son message, répété avec une constance et une clarté désarmantes depuis des années : « Je voudrais inviter les jeunes à oser, à se former, à utiliser Internet pour leur développement personnel. L’internet, ce n’est pas seulement Facebook. Il existe de nombreuses applications qu’on peut utiliser pour se former. »

Et elle ajoute une conviction qui dit tout de sa philosophie de l’éducation technologique : une tablette éducative, c’est apprendre deux fois. Une fois la discipline académique. Une deuxième fois la maîtrise de l’outil informatique — pour devenir, demain, créateur et non plus seulement consommateur des produits technologiques. Créer plutôt que consommer. Produire plutôt qu’importer. Innover localement plutôt qu’attendre des solutions extérieures. C’est la vision de Raïssa Banhoro — et c’est, ni plus ni moins, la clé de la souveraineté numérique de l’Afrique.

Digital Magazine Burkina lui rend hommage

Raïssa Banhoro est l’une de ces femmes qui prouvent que l’innovation africaine la plus durable n’est pas celle qui impressionne les investisseurs de la Silicon Valley, mais celle qui change la vie d’une femme qui ne sait pas lire dans un village de la Côte d’Ivoire. Elle a mis l’alphabétisation dans une application, la formation numérique dans une fabrique, et la certification académique dans un institut. Chaque étape répond à un besoin réel, identifié sur le terrain, résolu avec pragmatisme et générosité. En ce mois de mars, Digital Magazine Burkina lui rend un hommage sincère et rappelle que les révolutions numériques les plus profondes commencent toujours par une conviction simple — celle que personne ne devrait être laissé derrière.

— Digital Magazine Burkina

Pierre Ouédraogo


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