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Ingénieure en informatique diplômée de l’ISIG d’Ouagadougou, Directrice des Systèmes d’Information de la Primature depuis janvier 2020, elle a piloté l’élaboration du Schéma Directeur SI 2022-2026, un document stratégique de plus de 400 pages et 73 projets, financé à hauteur de 2,7 à 4,2 milliards FCFA, pour moderniser les systèmes informatiques du cœur de l’État burkinabè.
En ce 8 mars, Journée internationale de la Femme, Digital Magazine Burkina rend hommage à une figure discrète mais essentielle de l’écosystème numérique burkinabè. Elle ne fait pas les couvertures des magazines, ne se produit pas sur les grandes scènes internationales ; et pourtant, son travail touche chaque jour au fonctionnement même de l’appareil d’État. Elle s’appelle Lucie Ouédraogo/Kanyala, et depuis janvier 2020, elle est la Directrice des Systèmes d’Information (DSI) de la Primature du Burkina Faso ; première responsable d’une direction nouvellement créée, chargée de piloter la transformation numérique au cœur du gouvernement burkinabè.
De l’ISIG à la Primature : quinze ans au service de l’État numérique
Le parcours de Lucie Ouédraogo/Kanyala est celui d’une ingénieure qui a choisi de construire sa carrière entière au service de l’administration publique burkinabè. Diplômée en informatique de l’Institut Supérieur d’Informatique de Gestion (ISIG) d’Ouagadougou, elle intègre dès janvier 2010 la Direction des Systèmes d’Information du Ministère de la Fonction Publique et de la Réforme de l’État (MFPRE) comme agent ; un premier poste qui la plonge immédiatement dans les réalités concrètes de la gestion informatique publique : maintien des systèmes, support aux utilisateurs, contraintes budgétaires et enjeux de modernisation dans un environnement administratif complexe.
Sa progression est méthodique et régulière, fidèle à un sens du travail bien fait que ses responsables successifs ne manqueront pas de valoriser. De 2012 à 2013, elle prend la tête du service Innovation de la DSI du Ministère de la Fonction Publique et de la Transformation du Service Public (MFPTS) ; un poste clé qui lui permet de piloter les premières expérimentations de modernisation numérique au sein d’un ministère central de l’administration burkinabè.
De 2013 à 2020, elle franchit un échelon supplémentaire en prenant la direction du Département de la Modernisation Administrative au Secrétariat Permanent pour la Modernisation de l’Administration et la Bonne Gouvernance (SP-MABG) ; sept années décisives durant lesquelles elle développe une expertise profonde sur les chantiers de réforme de l’État, d’efficacité administrative et de transformation digitale des services publics burkinabè. C’est ce socle solide de quinze ans d’expérience dans l’administration qui, en janvier 2020, la désigne naturellement pour prendre la tête de la toute nouvelle Direction des Systèmes d’Information de la Primature.
Première DSI de la Primature : bâtir une direction de zéro
Lorsque Lucie Ouédraogo/Kanyala prend ses fonctions en janvier 2020, la Direction des Systèmes d’Information de la Primature n’a pas encore d’histoire. Elle en est la première responsable, la première à en définir les contours, les missions, les priorités et les méthodes de travail. C’est un défi considérable : construire une direction from scratch dans l’une des institutions les plus stratégiques du pays ; celle qui coordonne l’action gouvernementale et dont les systèmes d’information irriguent l’ensemble de l’appareil exécutif burkinabè.
Être la première, c’est assumer que chaque décision est une décision fondatrice. Chaque processus mis en place, chaque outil déployé, chaque recrutement effectué contribue à dessiner ce que sera la DSI de la Primature pour les années à venir. Lucie Ouédraogo/Kanyala relève ce défi avec la rigueur et la méthode qui caractérisent son parcours, en commençant par le plus urgent : doter la Primature d’une vision stratégique formalisée de ses systèmes d’information.
Le SDSI 2022-2026 : 400 pages, 73 projets, une vision pour l’État de demain
Le chantier le plus emblématique de son mandat est sans conteste le Schéma Directeur du Système d’Information (SDSI) de la Primature 2022-2026. Sous sa supervision directe, soutenue par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) et le Ministère de la Transition Digitale, ce document stratégique majeur est élaboré, finalisé et lancé officiellement le 5 juillet 2022 à Ouagadougou lors d’une cérémonie présidée par le Secrétaire Général de la Primature, Abdoul Salam Gampéné.
Ce n’est pas un simple rapport de plus. Le SDSI est un plan directeur de plus de 400 pages, structuré autour de 73 projets informatiques prioritaires, mobilisant une enveloppe estimée entre 2,7 et 4,2 milliards de francs CFA sur cinq ans. Il porte le thème ambitieux de la « Transformation digitale inclusive pour accélérer les progrès vers la réalisation des ODD du Burkina Faso » ; un ancrage explicite dans les Objectifs de Développement Durable, notamment l’ODD 9 (infrastructures innovantes) et l’ODD 16 (institutions efficaces et transparentes).
C’est Lucie Ouédraogo/Kanyala qui présente personnellement la synthèse du document lors de la cérémonie de lancement, en exposant ses quatre axes stratégiques :
- l’alignement des systèmes d’information sur les missions de la Primature,
- la modernisation des outils existants,
- l’urbanisation et la sécurisation des SI, et
- la mise en place d’une gouvernance numérique robuste.
Un exercice de haute vulgarisation scientifique qui témoigne de sa maîtrise totale du dossier.
Interopérabilité, RÉSINA, data centers : l’État connecté à son propre futur
Le SDSI ne s’arrête pas aux frontières de la Primature. L’un de ses axes structurants est l’intégration des systèmes d’information de la Primature au Réseau Informatique National de l’Administration (RÉSINA) ; l’infrastructure de connexion sécurisée qui relie les différents ministères et services de l’État. Cette vision de l’interopérabilité est fondamentale : un État ne peut fonctionner efficacement que si ses différentes composantes parlent le même langage numérique et partagent des données de manière fluide, sécurisée et souveraine.
La Primature, sous la direction de Lucie Ouédraogo/Kanyala, est également impliquée dans la coordination gouvernementale des grands chantiers IT nationaux portés par le Ministère de la Transition Digitale : la finalisation des deux data centers nationaux (dont l’avancement atteignait 70% en fin 2024), destinés à assurer la souveraineté numérique du Burkina Faso et à héberger les services publics sur le territoire national, ainsi que l’extension de la couverture réseau dans les zones rurales dans le cadre du programme Zéro Zone Blanche.
Son travail s’inscrit également dans l’écosystème des grands projets de transformation numérique de l’État : le projet WURI pour l’identification biométrique unique des citoyens, le programme PACT DIGITAL doté d’une enveloppe de 150 millions de dollars pour l’accélération de la transformation numérique nationale, et le renforcement des capacités humaines via le recrutement de 100 ingénieurs IT en novembre 2025 pour les unités spécialisées de l’administration.
Former, sensibiliser, transmettre : le leadership par le partage
Au-delà de la gestion opérationnelle des systèmes d’information de la Primature, Lucie Ouédraogo/Kanyala investit de façon significative dans la formation et la montée en compétences des responsables informatiques de l’ensemble des ministères burkinabè. Elle participe activement aux sessions de formation sur la transformation digitale et la gouvernance des systèmes d’information destinées aux DSI ministériels, contribuant à l’homogénéisation des pratiques et à l’émergence d’une culture numérique partagée au sein de l’administration publique.
Cette dimension pédagogique de son leadership dit beaucoup de la femme qu’elle est. Dans un contexte où la transformation numérique de l’État est souvent perçue comme un chantier technique réservé aux seuls informaticiens, elle œuvre à en faire un projet partagé par l’ensemble des acteurs administratifs. Car elle le sait mieux que quiconque : les meilleurs systèmes d’information ne valent rien si les femmes et les hommes qui les utilisent ne comprennent pas leur logique, ne se les approprient pas et ne les font pas vivre au quotidien.
En ce 8 mars, Digital Magazine Burkina lui rend hommage
Il y a, dans le Burkina Faso numérique que nous construisons, des femmes dont le nom n’est pas sur toutes les lèvres mais dont le travail est dans chaque serveur, chaque réseau, chaque processus dématérialisé de l’appareil d’État. Lucie Ouédraogo/Kanyala est de celles-là. Ingénieure de l’ombre et architecte de l’essentiel, elle construit chaque jour, loin des projecteurs, les fondations numériques sur lesquelles repose la transformation de l’administration burkinabè. En ce 8 mars, Digital Magazine Burkina lui rend un hommage sincère et appuyé, et rappelle que la souveraineté numérique d’un pays se joue aussi dans ses directions informatiques ; et que les femmes qui les dirigent méritent toute notre reconnaissance.
— Digital Magazine Burkina | 8 Mars 2026
Pierre Ouédraogo
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