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Rendu public le 2 mars 2026, le Plan National de Développement (PND) 2026-2030 du Burkina Faso pose des jalons ambitieux pour la transformation numérique du pays. Porté par la Révolution progressiste populaire (RPP) du capitaine Ibrahim Traoré, ce document de planification quinquennale traduit une volonté affirmée de faire du numérique un levier de souveraineté, de développement endogène et d’efficacité de l’action publique.
Un plan de rupture inscrit dans la vision souveraine
Bien plus qu’un simple document de programmation budgétaire, le PND 2026-2030 incarne, selon ses concepteurs, une volonté collective de rompre avec les hésitations du passé. Adopté dans un contexte d’affirmation de la souveraineté nationale, il s’inscrit dans la vision de la Révolution progressiste populaire (RPP) et vise à apporter des réponses structurantes aux défis majeurs de développement.
La vision du PND 2026-2030 se formule comme suit :
« Le Burkina Faso, une Nation souveraine et prospère, bâtissant un développement endogène et durable au service du bien-être de tous »

Le plan s’articule autour de l’acronyme stratégique RELANCE, où chaque lettre traduit une orientation majeure de l’action publique pour la période 2026-2030.
État des lieux : des acquis réels, des défis persistants
Des progrès significatifs entre 2020 et 2024
Le PND dresse un bilan des investissements réalisés dans le domaine de la transformation digitale avant de fixer les nouvelles ambitions. Entre 2020 et 2024, le Burkina Faso a engagé des chantiers importants : construction de data centers, développement d’une plateforme d’identifiant unique, maillage du territoire en fibre optique, déploiement de pylônes dans les zones blanches et renforcement des capacités de l’Agence nationale de sécurité des systèmes d’information (ANSSI).
Ces efforts ont produit des résultats mesurables :
| Couverture 3G | De 50,4% à 80,3% de la population (2020–2024) |
| Couverture 4G | De 33,1% à 66,8% de la population (2020–2024) |
| Pénétration internet | De 50,8% à 83,0% de la population (2020–2024) |
| Bande passante internationale | De 46,36 Gbps à 275 Gbps (2020–2024) |
Des faiblesses structurelles qui persistent
Malgré ces avancées, le PND reconnaît plusieurs insuffisances majeures qui freinent l’inclusion numérique :
- Un maillage territorial en infrastructures de communication encore insuffisant
- Un coût d’accès à la connectivité large bande jugé élevé (le coût réel moyen hors taxe de 1 Go atteint 596,6 FCFA à fin 2024)
- Une faible autonomisation numérique de la population
- Une extension limitée du réseau postal
Transformation numérique et services postaux
Le cœur de la stratégie digitale du PND est encapsulé dans le Programme 4.6, dont l’objectif stratégique est formulé ainsi : « Accélérer la transformation numérique de l’économie nationale et assurer un accès équitable aux services postaux ».
Ce programme repose sur trois effets attendus (EA) :
- EA 4.6.1 : La couverture territoriale en infrastructures modernes de communications électroniques est améliorée
- EA 4.6.2 : Des services numériques de qualité et sécurisés sont implémentés dans le système économique national
- EA 4.6.3 : Des services postaux modernes et de qualité sont accessibles sur toute l’étendue du territoire
Les principaux accélérateurs identifiés pour booster ce programme sont le Fonds pour l’accès et le service universel des communications électroniques, ainsi que les projets PACDIGITAL et PACYR.
Les cibles chiffrées à horizon 2030
Améliorer la couverture en infrastructures
Pour la période 2026-2030, les objectifs en matière d’infrastructures de communication sont :
- Couverture réseau mobile large bande (3G/4G) : de 80,3% / 66,8% en 2024 à 92,0% / 76,0% en 2030
- Taux de pénétration internet (mobile et fixe) : de 83,0% à 94% en 2030
- Proportion des chefs-lieux de communes à moins de 10 km d’une ligne à fibre optique : de 48,43% à 65,5%
- Bâtiments administratifs interconnectés au RESINA : de 3 026 à 3 526
- Indice de développement des TIC : de 30,1 à 40
- Capacité de stockage et hébergement : de 551 TO / 4 176 CPU cores à 10 631 TO / 52 592 CPU cores

Pour y parvenir, les actions clés comprennent le développement de la connectivité large bande au grand public, le renforcement du Réseau intranet de l’administration publique (RESINA), le renforcement des capacités d’hébergement et l’amélioration de la régulation des communications électroniques.
Des services numériques sécurisés pour l’économie nationale
Sur la période 2026-2030, les interventions du gouvernement visent à :
- Porter le nombre de procédures administratives dématérialisées de 232 (2024) à 557 en 2030
- Atteindre 100% des plateformes développées et mises en exploitation à partir de 2028
- Dépasser 90% de satisfaction des utilisateurs des e-services de l’Administration en 2030
- Faire passer la proportion de personnes disposant d’un identifiant unique électronique de base de 0% en 2025 à au moins 90% en 2030
Les axes d’intervention prioritaires sont le développement de l’administration électronique, le renforcement de la cybersécurité, la protection des données personnelles, la promotion des technologies numériques émergentes et le développement de l’entrepreneuriat numérique national.
La gouvernance numérique en ligne de mire
La dématérialisation administrative comme levier d’efficacité
Le PND souligne que des progrès ont déjà été accomplis dans la dématérialisation des procédures administratives avec l’amélioration des plateformes eConcours et Campus Faso, ainsi que la mise en exploitation de plateformes comme eCasier Judiciaire, eTimbre, FasoArzeca et eVisa. Ces avancées ont permis de réduire les délais de traitement et de rapprocher les usagers des services publics.
Les objectifs de maturité numérique de l’administration
Le PND fixe des cibles précises pour l’administration électronique à l’horizon 2030 :
- Taux de maturité numérique de l’Administration publique : de 38,7% (2022) à 70% en 2030
- Nombre de services publics opérationnels accessibles en ligne : de 67 (2025) à 100 en 2030
- Proportion des centres principaux d’état civil ayant digitalisé la production des actes : de 13,5% (2025) à 100% en 2030
Le financement : 36 190,7 milliards FCFA pour tout le PND
Le coût global de la mise en œuvre du PND 2026-2030 est estimé à 36 190,7 milliards FCFA, soit un coût moyen annuel d’environ 7 238,1 milliards FCFA. Les dépenses d’investissement représentent 34,5% de ce montant, soit une enveloppe de 12 494,9 milliards FCFA sur la période.
Deux grandes sources de financement seront mobilisées : le financement interne et le financement externe. Au-delà des sources classiques (mobilisation fiscale, emprunts sur le marché financier régional), le gouvernement entend mobiliser des instruments innovants tels que les partenariats public-privé (PPP), les financements verts et le financement participatif.
L’amélioration de l’efficience de l’exécution de l’investissement public reste une condition posée comme essentielle pour maximiser l’impact des investissements sur la croissance économique.
Le numérique, pilier de la souveraineté burkinabè
Avec le PND 2026-2030, la transformation numérique n’est plus pensée comme un secteur parmi d’autres, mais comme une condition transversale du développement endogène. En visant 94% de pénétration internet, 557 procédures dématérialisées et 90% de la population dotée d’un identifiant numérique unique, le Burkina Faso se donne des objectifs ambitieux. La réussite de cette feuille de route dépendra de la capacité à mobiliser les financements nécessaires, à réduire les coûts d’accès et à renforcer les compétences numériques de la population.
Pierre Ouédraogo – Digital Magazine Burkina
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